Dyspareunie après cancer du sein : quel gel ?

Les dysfonctions sexuelles sont particulièrement fréquentes chez les femmes traitées pour cancer du sein avant 50 ans, atteignant 30 à 100 % selon les études. Elles concernent le désir, la lubrification et l'orgasme. La dyspareunie en est un des symptômes habituels, conséquence des traitements par chimiothérapie et/ou tamoxifène.

En première ligne du traitement de cette dyspareunie, on trouve les lubrifiants vaginaux dépourvus d'estrogènes, ces derniers n'étant pas recommandés en raison du risque d'absorption. Mais quelle substance prescrire ?

Une étude sud-coréenne nous permet d'y voir un peu plus clair. Son objectif était d'évaluer si l'utilisation d'un gel vaginal contenant de l'acide lactique (pH = 4) était plus efficace qu'un placebo (gel sans lactate, pH = 7,2) pour traiter la dyspareunie et améliorer les fonctions sexuelles.

Il s'agit d'un essai unicentrique en double aveugle, ayant inclus des patientes sexuellement actives (au moins un rapport sexuel mensuel) souffrant de dyspareunie, ayant présenté un cancer du sein diagnostiqué avant la ménopause et traité par chimiothérapie. Elles étaient invitées à appliquer le gel trois fois par semaine ainsi que lors de chaque rapport sexuel pendant huit semaines. Un questionnaire (FSFI : Female Sexual Function Index) était rempli par les femmes au début et au terme de l'étude.

Le résultat principal était l'amélioration de la dyspareunie. Le résultat secondaire concernait les dysfonctionnements sexuels en général, le pH vaginal, l'index de maturation vaginale, et les événements indésirables liés au traitement.

Le gel à pH bas ne paraît pas supérieur

D'octobre 2009 à mars 2013, 136 femmes ont été randomisées : 69 ont reçu le gel avec acide lactique, 67 le placebo. Les caractéristiques de base étaient similaires dans les deux groupes. On n'a observé aucune différence entre les deux groupes, chacun des deux ayant une amélioration significative de la dyspareunie. L'augmentation du score médian de la douleur (plus il est élevé, moins la douleur est importante) par rapport au score de référence était de 1,2 dans les deux groupes (médiane [écart interquartile] : de 2,8 [2,0-4,0] à 4,0 [2,8-4,8] dans le groupe avec le gel à pH acide et de 3,2 [2,0-4,0] à 4,4 [3,2-4,8] dans le groupe placebo, différence non significative).

Le score au questionnaire FSFI et la fréquence des dysfonctionnements sexuels ne différaient pas dans les deux groupes mais on observait une amélioration significative dans chacun d'eux. Le pH vaginal et l'index de maturation vaginale étaient significativement améliorés dans le groupe du gel à pH neutre. Il n'y a eu aucun événement indésirable sévère dans les deux groupes.

Ainsi, si l'utilisation d'un gel est efficace, le gel à pH acide ne semble pas meilleur que le placebo pour améliorer la dyspareunie et pour l'ensemble des fonctions sexuelles.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Kim YH et coll. Effect of a pH-balanced vaginal gel on dyspareunia and sexual function in breast cancer survivors who were premenopausal at diagnosis: a randomized controlled trial. Obstet Gynecol., 2017; 129 : 870-876. doi: 10.1097/AOG.01988

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