Endométriose : l'arsenal thérapeutique s'élargit

L'endométriose est une maladie chronique, œstrogèno-dépendante, responsable entre autres de dysménorrhée et de douleurs pelviennes, parfois très handicapantes. Parmi les traitements médicamenteux, on trouve la triptoréline, décapeptide de synthèse analogue de la gonadoréline. Voici qu'apparaît élagolix… Il s'agit d'un antagoniste sélectif de la GnRH. Sa nature non peptidique et son administration par voie orale en font un antagoniste de deuxième génération. Du fait de sa demi-vie relativement courte, il ne bloque que partiellement l'action de la GnRH au cours de la journée, ce qui permet d'ajuster les doses, d'obtenir rapidement la réversibilité, et surtout d'en limiter les effets secondaires, tant sur la densité osseuse que pour les signes fonctionnels de la ménopause.

Selon des essais antérieurs, l'administration quotidienne de 150 mg par jour d'élagolix entraîne une suppression partielle de la sécrétion d'œstrogènes, alors qu'avec 200 mg deux fois par jour on aboutirait à une suppression totale.

Entre 2012 et 2015, les auteurs ont mené deux essais similaires multicentriques, randomisés en double aveugle, le premier impliquant 151 sites aux Etats-Unis, le second avec 187 centres répartis dans le monde entier.

Le recrutement concernait des patientes entre 18 et 49 ans chez lesquelles le diagnostic d'endométriose avait été posé chirurgicalement et qui présentaient des douleurs modérées à sévères. Deux groupes ont été constitués selon les doses administrées : faibles (150 mg/jour) ou fortes (200 mg 2 fois/jour), et comparés aux groupes recevant des placebos.

L'efficacité du traitement était évaluée par la proportion de femmes ayant une réponse clinique concernant la dysménorrhée ou les douleurs pelviennes en dehors des règles après trois et six mois de traitement, mesurée par un score de douleur et une diminution du recours aux antalgiques, enregistré dans un calendrier journalier électronique.

Un traitement efficace, plus maniable, avec moins d'effets secondaires

Sur un total de 1 689 femmes randomisées, 1 288 ont reçu le traitement complet. A trois mois, la différence entre les groupes traités et les groupes placebo était significative, aussi bien pour la dysménorrhée (amélioration dans 20 à 23 % des cas avec le placebo, 43 à 46 % avec 150 mg, et dans 72 à 76 % avec 400 mg) que pour les douleurs pelviennes intermenstruelles (amélioration dans 36 % avec le placebo, 50 % avec 150 mg, et dans 54 à 58 % avec 400 mg).

Par rapport à celles qui prenaient le placebo, les femmes ayant reçu élagolix ont observé une amélioration de leur qualité de vie, objectivée sur une échelle de mesure appropriée, malgré les bouffées de chaleur qualifiées de "légères à modérées" (7 à 10 % dans le groupe placebo, 23 à 24 % dans le groupe 150 mg, 42 à 47 % dans le groupe 400 mg). De légères modifications du profil lipidique ont été observées, ainsi qu'une perte de la densité osseuse, dose-dépendante. Ces effets secondaires ont été moins marqués qu'avec les agonistes injectables de la GnRH. Aucune modification n'a été diagnostiquée au niveau endométrial. La survenue de grossesses au cours de l'étude suggère que l'ovulation peut se poursuivre, avec l'une comme avec l'autre dose.

Les auteurs concluent que les deux doses d'élagolix (150 et 400 mg quotidiennement) ont été efficaces pour améliorer les dysménorrhées et les algies pelviennes intermenstruelles chez les femmes ayant une endométriose douloureuse. Les deux doses d'élagolix ont cependant eu des effets indésirables liés à l'hypoestrogénie.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Taylor HS et coll. : Treatment of endometriosis-associated pain with Elagolix, an oral GnRH antagonist. N Eng J Med., 2017; publication avancée en lunge le 19 mai. doi: 10.1056/NEJMoa1700089

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article