ESPT : une nouvelle indication pour les bétabloquants ?

En dehors des traitements pharmacologiques (essentiellement les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine), le traitement de l’état de stress post-traumatique (ESPT) repose sur la thérapie d’exposition dont l’objectif est d’éteindre la composante émotionnelle de la mémoire de l’évènement. La persistance du souvenir laisse cependant la possibilité d’une récidive.

Une nouvelle approche se donne aujourd’hui pour objectif d’affaiblir l’intensité du souvenir de l’évènement, en utilisant un agent amnésiant au moment du rappel de l’épisode à l’origine de l’ESPT. On utilise en l’occurrence le propranolol. Les données récentes portant sur une seule séance d’exposition sous bétabloquant, ainsi qu’une étude en ouvert ont déjà montré des résultats encourageants. Il était donc temps de réaliser un essai contrôlé randomisé en double aveugle.

Une efficacité notée aussi bien par les malades que par les cliniciens

Un total de 61 patients ont étés inclus dans l’étude présentée en janvier dans l’American Journal of Psychiatry. Les patients recevaient 0,67 mg/kg de propranolol à courte durée d’action associé à 1mg/kg de longue durée d’action.  Lors d’une première séance, 60 minutes après avoir ingéré le propranolol, les patients écrivaient le récit de l’évènement stressant à l’origine de leur ESPT. Puis, chaque séance hebdomadaire durant les 5 semaines suivantes, les patients devaient lire leur récit, devant un thérapeute, 90 mn après avoir pris le propranolol. L’échelle PCL-S (PTSD Checklist Scale) était remplie par les patients avant et après chaque séance et l’échelle CAPS (Clinician Administered PTSD Scale) par les évaluateurs une semaine avant et une semaine après le traitement.

Dans une analyse en intention de traiter, la CAPS diminuait de 38 % pour les 30 patients du groupe réactivation + propranolol, contre 24 % pour les 31 patients du groupe réactivation + placebo (p = 0,034). Seuls 15 patients ont complété le traitement dans chacun groupes. L’analyse per protocole retrouve une diminution de la CAPS de 36 % dans le groupe traitement contre 13 % dans le groupe placebo (p = 0,037). Les résultats de la PCL-S donnent une amélioration de 56 % dans le groupe traitement contre 15 % dans le groupe placebo dans l’analyse en intention de traiter (p < 0,001), avec une diminution de 2,43 points en moyenne par semaine dans le groupe traitement. A noter que les effets du bétabloquant n’ont pas contribué à la mauvaise qualité de la procédure d’aveugle, autant de patients ayant estimé avoir été sous traitement efficace dans chaque groupe.

Encore une nouvelle indication pour les bétabloquants

Ce type d’étude met l’accent sur la synergie potentielle entre une intervention pharmacologique et une approche psychologique. Les auteurs soulignent la simplicité du protocole, consistant simplement à écrire, puis relire chaque semaine son récit. On peut cependant s’interroger sur l’applicabilité d’une telle méthode en clinique, vu l’important taux d’attrition dans cette étude (la moitié des malades dans chaque groupe). Les raisons en ont été très variables (8 abandons de l’étude, 14 déviations du protocole, une grossesse, un diagnostic de cancer…). Le maintien d’un résultat significatif en intention de traiter malgré ces 30 désistements souligne cependant le bénéfice très probable de ce nouveau traitement.

Il faudrait donc ajouter l’ESPT à la liste des indications des bétabloquants qui ne cesse de s’allonger de décennie en décennie avec l’insuffisance cardiaque, les hémangiomes infantiles, ou encore le stress lors d’évènements ponctuels. Le mécanisme d’action mis en avant par les auteurs suppose une perturbation du mécanisme de « reconsolidation » de la mémoire via un blocage béta-adrénergique. On peut cependant s’interroger sur la traduction clinique de cet effet amnésiant, qui ne semble pas avoir été décrit jusqu’à présent. Les adeptes des bétabloquants au moment des examens nous diront s’ils sont moins sujets à l’ESPT post-concours de l’internat !

Dr Alexandre Haroche

Référence
Brunet A, Saumier D, Liu A, Streiner DL, Tremblay J, Pitman RK : Reduction of PTSD Symptoms With Pre-Reactivation Propranolol Therapy: A Randomized Controlled Trial. Am J Psychiatry. 2018; publication avancée en ligne le 12 janvier. doi: 10.1176/appi.ajp.2017.17050481.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Des décennies d'utilisation

    Le 09 février 2018

    Avant toute AMM, depuis combien de décennies, les bêta-bloquants ont-ils été dans les états de stress ! Combien d'étudiants ne les ont ils pas utilisé avant un examen ?

    Dr MADF

Réagir à cet article