Faut-il avoir peur de la variole du singe pendant la grossesse ?

L'OMS a déclenché son plus haut niveau d'alerte le 23 juillet dernier pour tenter de limiter la diffusion de la variole du singe, dont le taux élevé de transmission interhumaine fait soupçonner une évolution du virus. En août, on comptait déjà plus de 30 000 cas confirmés par un test biologique ; ils provenaient de 82 pays où la maladie n'est pas endémique. Ces cas sont dus au sous-type IIb du virus -clade ouest-africain (Nigéria).

Il n’y a pas de raison que les femmes soient épargnées


Bien que l'épidémie concerne principalement les hommes ayant des relations homosexuelles, il n'y a aucune raison pour qu'elle épargne les femmes.

La transmission interhumaine se fait par voie respiratoire, par contact avec les lésions exsudatives cutanées ou muqueuses, et par des objets ou du linge contaminés. Le risque de contamination intrafamiliale est estimé à 8 % (de 0 à 11 %) en l'absence de vaccination antérieure contre la variole.

La transmission sexuelle est probable puisque le virus a été retrouvé dans le sperme et que des lésions génitales sont prépondérantes chez les hommes infectés. Le taux de reproduction du virus de la variole du singe (R0) est faible, estimé à 0,8. Il est supérieur à 1 chez les hommes ayant des relations homosexuelles. Le virus de la variole du singe est réputé stable mais il aurait muté de manière beaucoup plus rapide au cours des dernières années en s'adaptant à l'humain.   

Les femmes enceintes auraient un risque élevé de transmettre la maladie à leur fœtus compte-tenu de leur vulnérabilité immunitaire, et de la disparition de la protection qu'apportait auparavant la vaccination contre la variole aux femmes en âge de procréer.

Les observations de variole du singe chez les femmes enceintes sont rares, mais des fausses couches, des morts in utero, et des infections fœtales ont été décrites. Ces observations, qui provenaient de la République Démocratique du Congo, concernaient a priori des femmes qui avaient été contaminées par le sous-type I du virus, plus virulent que le sous-type II.

Le virus de la variole du singe et celui de la variole sont deux orthopoxvirus très similaires.

La variole durant la grossesse a des conséquences effroyables tant chez la femme enceinte que chez le fœtus, mais la dangerosité des deux virus n'est pas comparable. L'observation d'une femme enceinte, travaillant dans une laiterie, infectée par le virus de la vaccine -orthopoxvirus de la variole des vaches- qui a fait une fausse-couche à 11 semaines, a permis d'affirmer la possibilité d'une transmission verticale d'un autre virus bien similaire.

Des recommandations à venir...


Chez une femme enceinte, la variole du singe doit être suspectée lors de la survenue d’une éruption cutanée maculo-papuleuse ou vésiculeuse, ou des ulcérations génitales inexpliquées. Mais aussi avant l'éruption, en cas de fièvre, de céphalées, de courbatures, d'asthénie ou d'adénopathies, si dans les 21 jours précédents la femme a voyagé dans un pays où des cas récents de variole du singe ont été rapportés, ou si elle a été en contact avec une personne infectée, ou enfin si elle a eu un contact sexuel durant son voyage.

Devant une atteinte cutanée ou muqueuse, des tests PCR doivent être pratiqués pour éliminer d'autres infections cutanées telles que la varicelle ou l'herpès, et affirmer le diagnostic à partir de prélèvements des lésions vésiculeuses cutanées. En phase prodromique, le test PCR peut être fait sur un prélèvement de gorge, voire sur un prélèvement sanguin, bien que la virémie soit de courte durée.

La prise en charge thérapeutique, préventive par la vaccination anti-variolique ou curative par les antiviraux et les immunoglobulines, devrait faire l'objet de recommandations à venir, tout comme la surveillance échographique du fœtus à la recherche de signes d'infection, la pratique d'une amniocentèse pour affirmer l'atteinte fœtale, les modalités d'accouchement, etc...

Dr Catherine Vicariot

Références
Pradip Dashraath et coll. : Monkeypox and pregnancy : forecasting the risks. Am J Obstet Gynecol.,
2022 ; publication avancée en ligne le 17 août. DOI : https://doi.org/10.1016/j.ajog.2022.08.017

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Blablabla

    Le 28 septembre 2022

    On impose une vaccination contre le Covid 19 avec Pfizer, toujours en phase 3, on élimine les effets secondaires des 3 1ères semaines après la vaccination sous prétexte qu'elle n'est efficace que 3 semaines après, (Ac facilitants/neutralisants) et on a arrêté la vaccination contre la variole ! Sans aucun doute je me trompe, alors expliquez moi ! et Valneva ! Je radote.
    Merci

    Dr J-P Vasse

Réagir à cet article