Génériques : on peine pour la substitution !

Il existe deux formes de génériques. Certains sont des copies conformes du princeps, avec mêmes ingrédients actifs, même apparence et mêmes excipients. Ils sont souvent commercialisés par la firme fabricant le princeps, dès que leur produit peut être génériqué.

D’autres médicaments génériques contiennent les mêmes principes actifs, mais ont une apparence et/ou des ingrédients différents.

Les enquêtes ont montré que beaucoup de patients perçoivent les génériques comme étant moins efficaces ou plus risqués en termes d’effets secondaires et leur font moins confiance pour traiter des problèmes sérieux. Cette défiance engendre parfois des effets indésirables lors du passage du produit de marque au générique. C’est, si l’on excepte les excipients à effets notoires, ce qu’il est convenu d’appeler l’effet nocebo.

La méfiance coûte cher

Selon les études, entre 12 % et 65 % des patients reviennent finalement à la marque après un passage par un générique, ce qui a un impact considérable sur les dépenses de santé. L’utilisation de produits de marque, là où des génériques sont disponibles, augmenterait chaque année les dépenses en médicaments aux États-Unis de plus de 7 milliards de dollars (6,3 milliards d’euros). En France, selon la Caisse nationale d’assurance maladie, les médicaments génériques permettraient d’économiser 1,6 milliard d’euros chaque année.

Sans compter que, dans les pays ne disposant pas d’un système efficace de remboursement des dépenses de santé, le surcoût engendré par les médicaments de marque peut être à l’origine d’une baisse de l’observance pour des raisons financières.

L‘effet nocebo existe-t-il aussi avec les copies conformes ? Voit-on autant de retours à la marque après un passage par une copie à l’identique ? C’est ce qu’a voulu savoir une équipe états-unienne en réalisant une étude observationnelle de cohorte incluant des patients traités par des médicaments princeps : comprimés d’alendronate, d’amlodipine, amlodipine-benazépril en capsules, spray nasal de calcitonine de saumon, escitalopram, glipizide à libération prolongée, quinapril ou sertraline en comprimés. Au total ont été inclus dans l’étude près de 200 mille patients pour lesquels le princeps était substitué par un générique « copie conforme » (n = 94 909) ou par un autre générique du répertoire (n = 116 017).

Moins de retours à la marque quand le générique est vraiment identique

Dans cette étude, 8 patients sur 100 reviennent au médicament de marque dans l’année suivant la substitution. Le taux de retour est toutefois inférieur de 28 % pour les patients qui ont reçu une copie exacte du princeps par rapport au taux de retour avec les autres types de génériques. Les auteurs attribuent cette différence à l’apparence identique des produits, qui réduirait le risque d’effet nocebo. Ils estiment en effet que l’on dispose de suffisamment d’études pour étayer le fait que les produits de marque et les génériques ont les mêmes performances en termes de qualité, de sécurité d’emploi et d’efficacité.

Une solution à la défiance pourrait donc être selon eux de donner à tous les génériques l’aspect du princeps, ce qui, compte tenu des politiques commerciales et des clauses de propriété intellectuelle, semble assez illusoire. L’autre solution suggérée par les auteurs de l’étude est que les médecins et les pharmaciens expliquent à leurs patients l’effet nocebo ce qui, si l’on en juge par le retentissement médiatique du changement de formule du lévothyrox et la teneur de certains propos échangés alors, ne semble pas non plus être « gagné d’avance. »

Dr Roseline Péluchon

Références
Desai RJ et coll. : Differences in rates of switch back safters witching from branded to authorized generic and branded to generic drug products: cohort study. BMJ 2018; 361: k1180

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Vos réactions (10)

  • Copies conformes

    Le 14 avril 2018

    Je n'ai jamais compris pourquoi les génériques ne sont pas systématiquement "des copies conformes du princeps, avec mêmes ingrédients actifs, même apparence et mêmes excipients".

    Vu leur meilleur acceptabilité avec moins de recours au médicament d'origine des justifications commerciales me semblent peu valables !

    Dr Yves Gille

  • Testès sur des malades et des volontaires sains

    Le 14 avril 2018

    Les mèdicaments gènèriques seraient beaucoup moins discutès et discutables s'ils étaient testès sur des malades et des volontaires sains comme les produits princeps au lieu d'être seulement controllès par la présence de la molècule active.

    Dr J. Frey

  • Precripto dépendance

    Le 17 avril 2018

    On aurait surtout moins de soucis s'ils étaient prescrits par des gens ayant une notion de chimie, faible, mais existante.
    la tolérance des génériques est prescripto-dépendante, et ça on le voit tous les jours.

    Sylvie Parent

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