Guider le dépistage du cancer prostatique sur un score de risque génétique

Le dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA n’est pas approuvé par la majorité des guidelines. Les recommandations préconisent en revanche de cibler le dépistage en tenant compte des facteurs de risque individuels. L’objectif est d’éviter les surdiagnostics et les surtraitements, tout en identifiant les individus à haut risque pour lesquels un dépistage précoce réduirait la morbidité et la mortalité.

Les avancées de la génétique ont permis d’identifier des variants génétiques associés à un risque augmenté de cancer de la prostate. Ces développements, combinés à une accessibilité plus facile du génotypage, offrent sans doute l’opportunité d’adapter le dépistage au risque génétique. Avec les informations délivrées par la recherche de polymorphismes nucléotidiques simples, des modèles polygéniques peuvent estimer le risque génétique pour un individu de développer la maladie concernée. Cela pourrait orienter la décision de dépister ou non et à quel âge commencer ce dépistage.

Un outil validé auprès de 6 500 patients

C’est ainsi qu’une équipe internationale vient de développer et de valider un outil pour prédire le risque et l’âge d’apparition d’un cancer de la prostate agressif. Les données utilisées pour le développement de l’outil concernaient plus de 31 mille patients et celles utilisées pour sa validation près de 6 500 patients.

Au total 54 polymorphismes nucléotidiques simples ont été retenus pour calculer le score de risque. Celui-ci s’avère un élément prédictif significatif de l’âge au moment du diagnostic d’un cancer prostatique agressif. Il apparaît que le risque de cancer agressif au moment du diagnostic est presque 3 fois supérieur pour les hommes dont le score de risque polygénique est élevé (> 98ème percentile) par rapport à ceux dont le score est moyen (30ème à 70ème percentile). L’inclusion des antécédents familiaux dans un modèle combiné n’améliore pas la prédiction. Les auteurs précisent que la valeur prédictive du dosage du PSA pour un cancer agressif augmente avec le score de risque polygénique.

Dr Roseline Péluchon

Références
Seibert TM et coll. : Polygenic hazard score to guide screening for aggressive prostate cancer: development and validation in large scale cohorts
BMJ 2018; 360: j5757

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Vos réactions (1)

  • De plus en plus onéreux

    Le 19 janvier 2018

    Autrefois, le dépistage du cancer prostatique, disons dans les années 60, se faisait par le TR, un geste gratuit, suivi d'une biopsie bon marché et d'un traitement très bon marché.

    Presque tous ces cancers étaient découverts au stade métastatique. Beaucoup de nos patients étaient contents du traitement hormonal mis en route en 1952 par l'AFU et modifié par différentes mesures, le rendant plus acceptable.

    A partir de 1987, le dépistage du cancer prostatique a commencé à se faire par le PSA, un examen peu coûteux : 18,72 euros. Il a permis de multiplier par dix les découvertes et le nombre des cancers de prostate prouvés alors même qu'ils avaient échappé au TR.

    Et aussi de diviser par dix la mortalité de ce cancer. Pourquoi ? C'est grâce à la découverte de très nombreux petits cancers non métastasés dits "quiescents" (sic), par conséquent sans danger mortel.

    On savait, depuis fort longtemps par les autopsies, qu'ils existaient de façon infra clinique, mais on ne savait ni les trouver ni les prouver. Si la mortalité baisse, ce n'est que par l'adoption assez répandue de la surveillance.

    C'est alors que les prostatectomies radicales ont pris de l'ampleur en 2000.

    Dix ans plus tard on ne sait que trop bien que ce geste chirurgical, loin de satisfaire, rend les patients mécontents, avec des impuissances en grand nombre, avec des incontinences difficiles à réduire, avec des complications à vie.

    Et surtout dix ans plus tard le constat d'une récidive dont chacun peut se demander si ce n'est pas l'intervention elle-même qui a permis aux cellules tumorales circulantes jusque-là contenues dans l’enveloppe prostatique de s'échapper hors de la capsule pendant l'acte chirurgical.

    Nous voilà arrivés au dépistage génétique couplé au PSA et aux scores de GLEASON. D'abord, ce triplet restera hors de la portée des patients surtout dans les pays émergents.

    Ensuite nul ne sait s'il fait mieux que le PSA.

    Dr Jean Doremieux, urologue

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