HbA1c, diabète et déclin cognitif : le témoignage d’ELSA

L’hyperglycémie chronique qui caractérise le diabète mal équilibré retentit sur de nombreux organes au travers de la macro- et de la micro-angiopathie. Le risque de complications dégénératives et le pronostic de la maladie sont désormais mieux appréhendés grâce au dosage régulier des taux sériques d’HbA1c, lesquels permettent de juger in fine du contrôle glycémique et de l’optimiser. Ce paramètre précieux est-il corrélé au risque de déclin cognitif ? C’est à cette question que répond une étude de cohorte prospective de grande envergure intitulée ELSA (English Longitudinal Study of Ageing) dans laquelle ont été inclus 5 189 participants diabétiques ou non (dont 55,1 % de femmes, âge moyen 65,6 ± 9,4 ans). L’étude a comporté plusieurs vagues et ce sont les données des vagues 2 (2004-2005) à 7 (2014-2015) qui ont été exploitées avec un suivi d’une dizaine d’années. Les fonctions cognitives ont été étudiées à l’état basal, puis tous les deux ans entre les vagues 3 et 7. Les associations entre déclin cognitif et HbA1c ont été évaluées au moyen de modèles linéaires mixtes.

Les taux d’HbA1c à l’état basal étaient compris entre 15,9 et 126,3 mmol/mol (soit 3,6-13,7 %). La durée moyenne du suivi a été estimée à 8,1 ± 2,8 années et le nombre moyen d’évaluations cognitives à 4,9 ± 1,5. Les associations significatives entre HbA1c et déclin des fonctions supérieures ont été obtenues dans le cadre d’une analyse multivariée avec ajustement selon de nombreux facteurs de confusion potentiels présents à l’état basal : âge, sexe, bilan lipidique, hs-CRP, indice de masse corporelle, niveau socio-éducatif, statut marital, troubles dépressifs, tabagisme chronique, consommation d’alcool, hypertension artérielle, maladie coronarienne, accident vasculaire cérébral, maladie respiratoire chronique et affection maligne.

Association entre taux d’HbA1c et pente du déclin cognitif

Une augmentation de 1 mmol/mol des taux d’HbA1c a été ainsi significativement associée aux évolutions cognitives suivantes : (1) déclin plus rapide des z-scores cognitifs globaux : -0,0009 déviation standard (DS/année, intervalle de confiance à 95 %, IC -0,0014, -0,0003) ; (2) diminution des z-scores explorant la mémoire (-0,0005 DS/année, IC -0,0009, -0,0001) ; (3) diminution des z-scores explorant les fonctions d’exécution(-0,0008 DS/an, IC -0,0013, -0,0004.)

Les sujets dont la glycémie était normale à l’état basal ont été comparés aux patients atteints d’un prédiabète ou d’un diabète, selon les définitions en vigueur au moment de l’étude. Cette comparaison effectuée dans le cadre d’une analyse multivariée avec ajustements multiples a mis en évidence une association entre la vitesse du déclin cognitif et les troubles de la glycorégulation : (1) prédiabète : majoration de -0,012 DS/an (IC -0,022, -0,002) (p < 0,001) ; (2) diabète : -0,031 DS/an (IC -0,046, -0,015), (p < 0,001). Il en a été de même pour la mémoire, les fonctions d’exécution et le sens de l’orientation, évalués là aussi sous la forme de z-scores.

Cette étude longitudinale établit une association significative entre les taux d’HbA1c et la vitesse du déclin cognitif à long terme. Il semble en être de même dans la comparaison entre diabétiques et non diabétiques. Le lien de causalité n’est pas pour autant formellement établi, car malgré les ajustements multiples, il n’est pas assuré que tous les facteurs de confusion aient été évacués. Un pas décisif pourrait être franchi par des études démontrant qu’un contrôle glycémique optimal permet le maintien des fonctions cognitives à long terme.
 

Dr Philippe Tellier

Référence
Zheng F et coll. : HbA1c, diabetes and cognitive decline: the English Longitudinal Study of Ageing. Diabetologia, 2018 ; 61: 839-848.

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