Hépatite aiguë sévère de l’enfant : la piste des superantigènes du SARS-CoV-2

Depuis le mois d’avril 2022, plus de 450 cas d’hépatite aiguë touchant des enfants de moins de 5 ans ont été signalés dans plusieurs pays du monde, principalement au Royaume-Uni, en Europe, aux États-Unis, en Israël et au Japon. Le plus souvent, la maladie est bénigne, mais certaines formes évoluent rapidement vers une insuffisance hépatique aiguë qui peut nécessiter une transplantation hépatique. 

Près de trois fois sur quatre, au Royaume-Uni un adénovirus 41F a été identifié formellement au point de constituer une étiologie probable quoique non confirmée avec une certitude absolue, d’autant que ce résultat est propre à ce pays. De surcroit, les adénovirus qui sont à l’origine d’infections fréquentes et bénignes chez l’enfant, n’ont jamais été impliqués dans la survenue d’hépatites aiguës sévères.

Une mystérieuse affaire par temps de Covid-19

Ces cas mystérieux alors que la pandémie de Covid-19 n’est pas terminée amènent à se poser la question d’un lien possible avec cette dernière. Le SARS-CoV-2 ne saurait être incriminé en tant qu’agent causal direct, puisque ce virus n’a été que rarement identifié par PCR chez les enfants atteints de cette hépatite, soit dans 11 % des cas en Angleterre.

Certes, les tests sérologiques sont fréquemment positifs chez les patients atteints de telles hépatites, mais l’extrême fréquence des infections par le SARS-CoV-2 chez des enfants par ailleurs non vaccinés ne permet pas de conclure à la responsabilité de ce dernier. Leur positivité témoigne simplement d’une exposition antérieure au virus, ce qui ne peut conduire qu’à l’ombre d’un doute.

C’est là que pourrait intervenir le rôle de réservoirs viraux dont le SARS-CoV-2 semble être un adepte. La persistance du virus dans le tractus gastro-intestinal pourrait ainsi entraîner la libération répétée de protéines virales à travers l'épithélium intestinal, donnant lieu à une activation immunitaire latente susceptible de se manifester plus bruyamment.

Un mécanisme évoqué pour le syndrome inflammatoire multisystémique

Cette  activation immunitaire pourrait reposer sur la présence d’un superantigène au sein de la protéine spike du virus, lequel aurait quelque ressemblance structurelle avec l’entéroxine B du staphylocoque doré. Les superantigènes qui sont des toxines de nature protéique ont été décrits en 1989 et leur famille s’est quelque peu enrichie par la suite, certaines bactéries restant largement dominantes, dont les staphylocoques.

L’entérotoxine B, à l’instar des autres superantigènes est à même de déclencher une activation puissante et non spécifique des lymphocytes T, un mécanisme qui a au demeurant été évoqué pour expliquer la survenue du syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique décrit lors de la pandémie de Covid-19. Une hépatite aiguë a été signalée au cours de ce syndrome, ce qui amène à l’hypothèse énoncée par les auteurs d’une courte lettre à l’éditeur publiée dans le Lancet Gastroenterol Hepatol du 13 mai 2022.

Les cas d'hépatite aiguë sévère récemment rapportés chez l’enfant pourraient être la conséquence d'une infection par des adénovirus du type 41F dotés d’un certain tropisme intestinal chez des enfants précédemment infectés par le SARS-CoV-2 et porteurs de réservoirs intestinaux de ce dernier.

Une hypothèse à confirmer

Si l’on se réfère au cas de la souris, l'infection à adénovirus prépare le terrain à un choc toxique en cas d’administration de l'entérotoxine B staphylococcique, avec au bout du compte une insuffisance hépatique aiguë et la mort. La production massive d’’interféron -γ et l’apoptose des hépatocytes médiée par ce dernier seraient la cause de cette catastrophe immunitaire et il suffit d’une quantité infime du superantigène pour la provoquer.

Cette hypothèse qui fait des adénovirus et du SARS-CoV-2 des complices à part entière reste à confirmer, car de la souris à l’homme, il y a plus d’un écart que seule la recherche clinique permettra de combler.

Il faut maintenant démontrer que le superantigène du SARS-CoV-2 est bel et bien en cause dans la pathogénie de ces mystérieuses hépatites et que l’adénovirus 41F est l’agent qui unit ses forces à celles du SARS-CoV-2 pour déclencher ce phénomène immunitaire potentiellement impliqué dans le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Brodin P et coll. : Severe acute hepatitis in children: investigate SARS-CoV-2 superantigens Lancet Gastroenterol Hepatol 2022: publication avancée en ligne le 13 mai. doi.org/10.1016/ S2468-1253(22)00166-2.

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Vos réactions (3)

  • Qui est le complice ?

    Le 23 mai 2022


    Combien d'hépatites aigües sévères chez les enfants vaccinés?
    Qui est le complice la Covid ou le vaccin ?

    Philippe Mathelet

  • Réponse à Mr Ph Mathelet

    Le 29 mai 2022

    Personnellement hostile à la vaccination des < 18ans en bonne santé "depuis toujours" , je me permet tout de même de combattre le populisme scientifique des instillateurs "Bio" de doutes.

    A ma connaissance pas d'hépatites sévères après vaccination ARNm pédiatrique. Ce point apparait dans les données de suivi , mais aussi parmi mes collêgues hépatologues pédiatres voir transplanteurs.

    Les hépatites "adéno-covid" évoquées me semblent être rapportées essentiellement voir exclusivement chez des enfants NON vaccinés. C'est le cas parmi les 12 observations israeliennes évoquées dans le travail analysés : de toute manière trop jeune pour être éligibles.

    Par contre , la réactivation d'une hépatite virale latente (C) en post vaccinal (82ans) * est un point mentionné , chez l'adulte au moins
    .
    * Lensen R, Netea MG, Rosendaal FR. Hepatitis C Virus Reactivation Following COVID-19 Vaccination - A Case Report. Int Med Case Rep J. 2021 Aug 29;14:573-576

    Dr JP Bonnet

  • A Philippe Duning-Kruger

    Le 30 mai 2022

    Ce sont en extrême majorité des enfants non vaccinés car trop jeunes pour pouvoir l'être quelque soit les pays des cas rapportés...

    Dr Bruno Chabanas

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