Il n’y aurait pas une seule sorte de Covid long mais trois !

Selon l’OMS, environ 10 % des personnes atteintes de Covid-19 présenteraient une forme prolongée de la maladie. Défini comme la persistance, plus de 2 mois après l’infection par le SARS-CoV-2, de symptômes « ne pouvant être expliqués par un autre diagnostic », le covid long reste donc encore un diagnostic d’élimination. Il y a pour le moment consensus sur le fait qu’il s’agirait d’un syndrome complexe, résultant de plusieurs mécanismes intriqués (persistance d’un réservoir viral, mécanismes auto-immuns, facteurs psychologiques) et faisant actuellement l’objet de très nombreux travaux.

Une équipe française apporte une pierre à l’édifice en publiant les résultats d’une étude prospective de cohorte. Elle inclut 2 197 patients présentant des symptômes évoquant un Covid long. Tous les 60 jours, les participants devaient faire un point sur leur état de santé, à l’aide du questionnaire « long COVID Symptom Tool ». L’objectif était de tenter d’établir des « trajectoires » d’évolution du Covid long. Les données sont issues de près de 11 000 retours de questionnaires pour un suivi médian de 291 jours (60 à 469) correspondant au total à près de 20 000 personne-mois.

Des allures évolutives différentes

Trois trajectoires ont ainsi été identifiées.

La première correspond à des personnes ayant dès le départ des symptômes importants et qui ne varient pas (ou peu) au fil du temps. Ils constituent 4,3 % de la cohorte. En comparaison avec les autres groupes, ils présentent plus de troubles du rythme cardiaque, des paresthésies, des bouffées de chaleur, intolérance au chaud ou au froid, photophobie, phonophobie au cours de la première année, présents quotidiennement pour la moitié d’entre eux et sans changement jusqu’à plus de 18 mois après l’infection. Ce groupe comprend plus de patients âgés, fumeurs, ou ayant des antécédents de maladie auto-immune.

La seconde trajectoire concerne 4,9 % des patients et se caractérise par une amélioration rapide des symptômes, qui disparaissent dans les 2 ans suivant l’infection. Ces patients présentent plus de douleurs rachidiennes et de diarrhée au cours de la première année. Dans ce groupe se trouvent davantage de fumeurs, de personnes sans antécédents de maladie fonctionnelle, et moins de personnes âgées.

La troisième trajectoire se « compose » des 91 % de patients restants, qui constatent une amélioration lente de leurs symptômes, dont le score moyen a diminué de 25 % après 2 ans.

Aucun lien significatif n’apparaît entre les différentes trajectoires et l’indice de masse corporelle, le niveau scolaire ou l’hospitalisation pendant la phase aiguë.

Cette étude est la première à décrire aussi clairement les différents profils évolutifs de Covid-long. Elle peut contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents, en émettant l’hypothèse que les différents profils évolutifs seraient associés à des mécanismes eux aussi différents. Les auteurs soulignent que ces données peuvent aider à évaluer les besoins pour les patients et à mieux les informer sur l’évolution possible de leur pathologie.

Dr Roseline Péluchon

Références
Servier C, et coll. Trajectories of the evolution of post-COVID-19 condition, up to two years after symptoms onset
Int J Infect Dis., 2023; 133:67-74.

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