Il y a désormais un « effet Angelina Jolie »

Rappelez-vous, c’était en mai 2013. Angelina Jolie créait une surprise médiatique, brisant les tabous en révélant qu’elle avait choisi de subir une double mastectomie préventive pour éviter un cancer du sein, après avoir appris qu’elle était porteuse du gène BRCA 1. La nouvelle faisait rapidement le tour de la presse internationale et de tous les réseaux d’information à travers le monde. Mais, fait relativement inhabituel avec ce type d’information, le buzz se poursuit plusieurs semaines durant, dans les quotidiens, à la télévision, sur les radios et surtout dans les magazines. Et dans les semaines qui ont suivi, de nombreux centres de référence pour la prise en charge des cas familiaux de cancer du sein ont vu leurs consultations augmenter considérablement.

Cela n’aurait pu être qu’un feu de paille, comme c’est très souvent le cas quand une information médicale arrive à la Une. Mais, dans ce cas précis, il semble que la médiatisation ait eu un effet durable. C’est en tous cas ce qui ressort d’un étude réalisée au Royaume-Uni. Les auteurs ont relevé les fréquentations mensuelles de 12 centres de référence de dépistage des cancers familiaux et 9 centres de génétique au cours des années 2012 et 2013. Et ils n’hésitent pas à parler d’un « effet Angelina Jolie ».

Selon ces données, les consultations dans les centres ont été multipliées par 2,5 en juin et juillet 2013 par rapport à l’année précédente (4847 vs 1981) et sont restées 2 fois plus élevées jusqu’en octobre. Les demandes de tests de recherche des mutations de BRCA1/2 ont doublé et les professionnels attestent que  le nombre de demandes de mastectomies préventives a  augmenté.

Les auteurs précisent que les demandes de dépistage étaient pratiquement toutes justifiées, émanant de femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein, mais ils supposent que les médecins de premier recours avaient répondu à un nombre encore plus important de patientes inquiètes et avaient réalisé un « tri » des demandes de recherche de mutations BRCA1/2. Ils ont pu être aidés en cela par les recommandations du NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) qui étaient, fort à propos, mises à jour à cette période. Quoi qu’il en soit, le nombre élevé de demandes appropriées signifie que la médiatisation de son choix par Angelina Jolie aura sensibilisé un grand nombre de femmes, en leur faisant s’interroger sur leurs antécédents familiaux et en décidant les femmes réticentes à consulter.

Un tel effet, constaté dans d’autres pays, est plutôt inhabituel. La médiatisation des soucis de santé des stars n’a généralement pas de répercussion plus durables que leur exposition à la Une. Les auteurs suggèrent que l’image glamour d’Angelina Jolie et sa relation avec Brad Pitt ont pu être les moteurs de cet « effet Angelina Jolie » prolongé, en rassurant et en encourageant les femmes.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Evans D.G.E. et coll. : The Angelina Jolie effect: how high celebrity profile can have a major impact on provision of cancer related services. Breast Cancer Research 2014, 16: 442.

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