Illustration des effets sur le foie d’un changement de régime à l’adolescence

La stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD : non alcoholic fatty liver disease) est l’une des maladies hépatiques chroniques de l’enfance les plus fréquentes. Elle est souvent associée à l’obésité et au syndrome métabolique. Aux USA, elle affecte plus souvent des sujets d’origine hispanique en raison de la plus grande fréquence d’un allèle de susceptibilité, « palatin-like phospholipase domain-containing 3 gene » (PNPLA3). La NAFLD peut entraîner une hépatite stéatosique et ultérieurement une cirrhose. L’adolescence est l’âge typique où le diagnostic peut être posé en raison des modifications biologiques, de la sédentarité et des conduites alimentaires qui comportent une plus grande consommation de glucides, de protéines et d’acide gras saturés.

Une équipe pluridisciplinaire du Colorado a suivi les modifications de régime entre l’âge de 10 ans et 16 ans, puis l’existence d’une stéatose hépatique à l’adolescence et l’association avec le gène PNPLA3. Les participants nés entre 1992 et 2002 appartenaient à une cohorte prospective multi-ethnique. Deux visites ont été organisées, la 1ère en moyenne à 10,4 ± 1,5 ans, la 2ème en moyenne à 16,7 ± 1,2 ans ; une IRM a été pratiquée lors de cette seconde consultation pour visualiser une stéatose définie par un taux de graisse supérieur à 5,5 %. Aux 2 visites, les participants ont rempli, avec l’aide de personnels entraînés, un questionnaire nutritionnel qui mentionnait jusqu’à 85 aliments pour tenir compte des différences culturelles. Les apports en calories et différents types de nutriments ont été calculés grâce à un programme informatique. L’activité physique a été évaluée sur 3 jours par questionnaire et accélérométrie pour calculer la dépense énergétique. Parallèlement, l’origine ethnique a été déterminée par auto-déclaration et l’ADN prélevé pour identification du gène PNPLA3.

La moindre consommation de protéine végétales est délétère

Au total, 358 participants ont pu être inclus dans l’analyse dont 22 (6,1 %) étaient atteints de stéatose hépatique. Parmi ceux-ci, en comparaison des autres, le pourcentage d’enfants hispaniques était plus élevé (77,3 % vs 34,2 %), l’exposition à une obésité maternelle in utero plus fréquente (61,5 % vs 18,6 %) et leur Z-score d’IMC plus grand (visite 1 : 1,27 vs 0,13 et visite 2 : 1,82 vs 0,29). Les autres facteurs étaient similaires. Les modifications nutritionnelles de la visite 1 à la visite 2 ont été confrontées au pourcentage de graisse hépatique. Un pourcentage plus bas était associé à l’augmentation des apports en fibres insolubles (P = 0,02), protéines végétales (P = 0,008) et acides gras polyinsaturés (P = 0,008), après ajustements en fonction des facteurs de confusion. A l’inverse, l’augmentation des protéines animales et des acides gras saturés était associée à davantage de stéatose. Ces résultats étaient influencés par la présence de l’allèle de risque PNPLA3. Les associations inverses entre taux de stéatose hépatique et la consommation de fibres et de protéines végétales et positives avec la consommation d’acides gras saturés étaient plus fortes chez les porteurs de l’allèle de risque ; la plupart de ces résultats étaient similaire après ajustement en fonction de l’obésité.

En conclusion, ces résultats suggèrent que les modifications des apports nutritionnels entre l’enfance et l’adolescence, en particulier la diminution des fibres et des protéines végétales et l’augmentation des acides gras saturés, interagissent avec le variant génétique PNLA3 pour augmenter le taux de graisse hépatique.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Cohen CC et coll. : Associations of nutrient intake changes during childhood with adolescent hepatic fat: the exploring perinatal outcomes among children study. J Pediatr., 2021; 237:50-58

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