Intelligence artificielle et chirurgie 3.0

Une intelligence artificielle (IA) a réussi à apprendre la technique du jeu d’échecs en 4 h, en partant de 0 et en arrivant à un niveau de jeu supérieur aux meilleurs champions humains. L’enthousiasme qui a suivi cette annonce s’est étendu à d’autres domaines d’activité, et notamment la médecine, où déjà l’IA surpasse l’humain dans l’interprétation de certaines images radiologiques ou histologiques.

En chirurgie aussi !

En chirurgie, les progrès sont rapides, notamment dans la pose des indications et la technique opératoire.

La pose d’une indication est souvent très complexe, en particulier quand il s’agit d’établir un traitement multimodal en cancérologie, de déterminer le timing de l’acte chirurgical par rapport à la radio ou la chimiothérapie, et surtout de personnaliser le traitement en fonction des souhaits et des risques inhérents à chaque patient.

Le développement d’outils algorithmiques d’aide à la décision (OAAD) soutenu par l’accès à des banques de méga-données (big data) permet un dialogue entre ces banques et le système informatique qui favorise la pose d’une indication difficile.

Un nouveau collaborateur dans les comités multidisciplinaires ?

Le domaine idéal d’application en est la cancérologie, en raison des multiples variables cliniques et génétiques, d’une pharmacopée en croissance exponentielle et aux effets toxiques de plus en plus nombreux. On peut même imaginer que le besoin d’intégrer des données biochimiques, radiologiques et génétiques fera de l’OAAD un collaborateur indispensable des comités multidisciplinaires qui décident de la conduite à tenir en oncologie, proposant les examens complémentaires à pratiquer, éliminant les diagnostics différentiels, prédisant le pronostic, voire assignant à chaque chirurgien son propre profil de complications, et conseillant éventuellement la réalisation de l’intervention par une équipe plus idoine.

Un complément et non un substitut

En matière de technique, les robots deviennent de plus en plus autonomes et la relation esclaves-maîtres qui les liait au chirurgien s’émousse. Certes, la sécurité des robots autonomes (RA) ne peut pas être plus garantie que celle des voitures sans chauffeurs ; toutefois, en plus de s’émanciper du tremblement du chirurgien, ils apportent une précision inimaginable autrement, par ex. en matière de résection de berges saines, étant à même de fusionner les images du scanner préopératoire avec les lésions anatomiques observées sur table. L’IA sera aussi à portée de régler l’éclairage du scialytique, la température de la salle, la pression du pneumopéritoine, l’inclinaison optimale de la table, etc.

Le RA, capable d’acquérir en quelques heures une nouvelle technique qui prendrait plusieurs années au chirurgien, est déjà supérieur aux experts en termes d’anastomose intestinale.

Dans l’avenir, des robots souples, issus de l’impression en 3 D, ouvriront des possibilités immenses. Un conflit peut même survenir entre le robot et le chirurgien, et, notamment en neurochirurgie, le 1er pouvant contraindre le second à interrompre un geste qu’il juge délétère. On conçoit les problèmes de responsabilité qui peuvent en découler.

Il faut envisager l’IA comme un complément et non comme un substitut au chirurgien.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Mirnezami R et Ahmed A : Surgery 3.0, artificial intelligence and the next-generation surgeon. Britisj Journal of Surgery 2018 ; 105 : 463-465.

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Vos réactions (2)

  • IA et médecine

    Le 12 septembre 2018

    "Il faut envisager l’IA comme un complément et non comme un substitut au chirurgien." Très drôle. A notre époque, oui, dans quelques année non. Ce qui est surtout étonnant, c'est que je pensais que ce seraient les MG qui seraient remplacés les premiers.

    Dr J-P Pau Saint-Martin

  • Un paradoxe apparent

    Le 18 septembre 2018

    Ce paradoxe apparent (une IA pourrait remplacer d’abord le chirurgien, avant le généraliste) s’explique justement par la technicité accrue d’une discipline spécialisée comme la chirurgie.

    En préparant ma récente tribune pour JIM.fr sur une « IA sexuellement active », j’ai constaté que des métiers en apparence plus « simples » semblent moins à la portée d’une IA, précisément parce qu’ils sont moins programmables, moins mécanisables qu’une technique plus complexe, mais bien codifiée comme un geste chirurgical. Plus un acte est spécialisé mais techniquement défini, plus il sera accessible à une IA. Au contraire, la vaste diversité du champ de la médecine générale et la difficulté de mécaniser chaque tâche particulière compliquent cette « artificialisation » ou « robotisation ».

    C’est la variété considérable de la médecine omnipraticienne qui la met (provisoirement ?) à l’abri du passage à l’IA, car le généraliste doit en permanence improviser, passer du coq-à-l’âne, changer à court terme de contexte et d’approche.

    Dr Alain Cohen

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