Intoxication au CO : une justification pour le caisson

Volontiers hivernal et souvent infernal, invisible, inodore et non irritant produit de la combustion incomplète de composés organiques, l’oxyde de carbone (CO) est un toxique sournois même à faible quantité, car il se transforme en carboxyhémoglobine générant ainsi une hypoxie tissulaire. Le traitement standard des formes mineures est l’oxygénothérapie normobare à 100 % qui réduit la demi-vie du CO de 320 minutes en air ambiant à 80 minutes. Le traitement des formes graves reposerait sur l’oxygnéothérapie hyperbare (OHB) qui réduit la demi-vie du CO à 23 min à 3 atmosphères, soit près de 4 fois la réduction obtenue en administrant de l'oxygène pur. Toutefois à l’heure actuelle, il n’y a pas de consensus sur l’effet de l’OHB sur la réduction de la mortalité - tout comme lors des pendaisons d’ailleurs – pas plus que sur le nombre de séances... Aussi, est-ce avec un vif intérêt que nous allons découvrir ensemble, au coin de la cheminée, cette vaste étude taïwanaise rétrospective qui se propose de dissiper ces brumes-là à partir de la base nationale des empoisonnements (1).

Un registre impressionnant

Au total, une intoxication au CO a été diagnostiquée chez 25 737 patients entre 1999 et 2012, dont 7 278 ont été traités par OHB (âge moyen 34,9 ans ± 14,7 ans) et 18 459 sans OHB (âge moyen 36,4 ± 17,1 ans, P  < 0,001) ; 68,19 % des patients avaient entre 20 et 50 ans. Les deux cohortes ont été comparées en terme de mortalité, d’âge, de sexe, de comorbidités, de revenus mensuels, de tentative de suicide, d’intoxication médicamenteuse associée, de survenue d’insuffisance respiratoire aiguë, avec un suivi jusqu’en 2013. De plus, les auteurs de ce travail de bénédictins chinois se sont attachés à identifier des facteurs indépendants prédictifs de mortalité et d’évaluer leurs effets.

Une moindre mortalité sous OHB

Les patients traités par OHB ont eu un taux de mortalité inférieur à celui des autres (rapport de risque ajusté [RRA] 0,74, intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %], 0,67-0,81) après ajustement pour l'âge, le sexe, les comorbidités sous-jacentes, le revenu mensuel et autres conditions concomitantes, tout particulièrement chez les moins de 20 ans (RRA 0,45, IC 95 %, 0,26-0,80) et ceux présentant une insuffisance respiratoire aiguë (RRA 0,43, IC 95 %, 0,35-0,53). Ce moindre taux de mortalité a persisté pendant une période de 4 ans après le traitement. Notons toutefois que les comorbidités étaient moins fréquentes dans la cohorte OHB, dont 31,51 % des patients ont eu 1 seule séance de caisson, 38,18 % entre 2 et 5 séances et 30,31 % plus de 5 séances. Chez ceux ayant eu 2 séances d'OHB ou plus, le taux de mortalité a été encore plus bas que chez ceux n’ayant été « caissonnés » qu’une seule fois. Enfin, l'âge avancé, le sexe masculin, le faible revenu mensuel, le diabète, le cancer, les AVC, l'alcoolisme, les troubles mentaux, les tentatives de suicide et l'insuffisance respiratoire aiguë se sont avérés être d’autres facteurs prédictifs indépendants pour la mortalité.

Info ou intox ?

Alors qu’il pourrait être considéré comme non éthique de mener chez l’Homme des études prospectives randomisées avec ou sans OHB, cette vaste étude rétrospective montre que : 1) l'OHB est associée à une réduction de la mortalité à court et à long terme lors de l’intoxication au CO, tout particulièrement chez les moins de 20 ans et ceux en insuffisance respiratoire aiguë ; 2) 2 séances d'OHB ou plus valent mieux qu'une seule ; 3) l'âge avancé, le sexe masculin, un revenu mensuel faible, les comorbidités sous-jacentes (diabète, malignité, alcoolisme, troubles mentaux), ainsi que la tentatives de suicide et l’insuffisance respiratoire aiguë sont également des facteurs prédictifs indépendants de la mortalité. Alors qu’en penser ? Matière à poursuivre, voire développer le recours à l’OHB lors des intoxications au CO (mais à quel prix) ? Ou matière à conduire des essais randomisés multicenriques à large échelle, afin de conclure définitivement, comme l’appelle de ses vœux l’éditorialiste de Chest (2) ? Les deux mon adjudant…

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Références
1) Huang C-C, Ho C-H, Chen Y-C, et coll. : Hyperbaric oxygen therapy is associated with lower short- and long-term mortality in patients with carbon monoxide poisoning. Chest. 2017;152(5):943-953.
2) Cowl C.T. Justifying Hyperbaric Oxygen Delivery for Carbon Monoxide Poisoning: Time to Respond to Pressure With a Large-Scale Randomized Controlled Trial. Chest. 2017 ;152(5): 911-913

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