IST : un dépistage par internet ?

Le nombre de cas d’infections sexuellement transmissibles (IST) curables (Chlamydia trachomatis, gonocoque, syphilis et trichomonas) est estimé à 357 millions. En Angleterre, en 2015, 436 928 nouveaux cas d’IST ont été diagnostiqués ainsi que 5 684 nouveaux cas d’infection à VIH. Non diagnostiquées et donc non traitées, les IST curables facilitent la transmission du VIH, peuvent provoquer des problèmes de fertilité, de grossesses ectopiques, de douleurs pelviennes chroniques et sont à l’origine d’une augmentation de la mortalité néonatale et infantile.

Il est essentiel d’améliorer le dépistage et le diagnostic et de réduire les délais de prise en charge pour diminuer la prévalence des IST curables ainsi que leurs séquelles. De même, il faut raccourcir les délais de diagnostic de l’infection à VIH : en 2015, 39 % des adultes chez lesquels ce diagnostic a été porté au Royaume-Uni étaient déjà à un stade tardif (CD4 < 350 cellules/mm3).

En parallèle, de plus en plus de tests sont disponibles sur internet et une équipe s’est intéressée à l’apport potentiel des tests à commander via le web comparativement aux tests effectués en labo.

L’incitation à participer à l’étude s’est faite via des messages dans les universités, lycées, marchés, salons de coiffure, bars, night clubs dans 2 régions considérées à risque de la banlieue de Londres, Lambeth et Southwark, ainsi que sur les réseau sociaux, Facebook, Twitter, et Grindr.

Entre le 24 novembre 2014 et le 31 aout 2015, ont été ainsi recrutées des personnes âgées de 16 à 30 ans ayant eu au moins un partenaire sexuel dans les 12 derniers mois. Au total, 2 072 participants ont été retenus et répartis en 2 groupes ; tous ont reçu un message les incitant à se faire dépister mais par deux méthodes différentes.

Aux sujets du 1er groupe, le groupe interventionnel (GI), a été adressé le lien d’un site internet grâce auquel ils pouvaient recevoir un kit de prélèvement à domicile à renvoyer dans un laboratoire. Les sujets de l’autre groupe ont bénéficié de la liste des lieux où ils pouvaient se rendre afin de faire un dépistage (groupe contrôle, GC).

Le kit du groupe interventionnel contenait une petite aiguille permettant le recueil de suffisamment de sang pour réaliser les sérologies syphilis et VIH. De plus, il y avait pour les femmes un écouvillon swab pour la recherche de Chlamydia et gonocoques et pour les hommes un pot pour récupérer les urines du 1er jet. Les hommes ayant des relations sexuelles entre hommes, ont reçu un écouvillon swab pour faire un frottis pharyngé et rectal. Les kits étaient accompagnés d’un guide pictural et d’un accès à un lien pour une vidéo sur YouTube avec accès à une équipe pour toute question éventuelle.

Après 2 semaines, les participants recevaient une relance.

Les résultats concernant Chlamydia, gonocoque, syphilis étaient envoyés par message. En cas de positivité, ils étaient également envoyés à la clinique la plus proche pour une prise en charge. Les résultats positifs pour le VIH étaient donnés par téléphone par un médecin.

Une participation qui double par internet

Après 6 semaines, 50 % des personnes du GI avaient participé contre 26,6 % dans le GC (Risque relatif [RR] : 1,87, intervalle de confiance à 95 % [IC95%] : 1,63 à 2,15, p <0,001).

La proportion de participants chez lesquels une IST a été diagnostiquée est de 2,8 % dans le GI et 1,4 % dans le GC (RR : 2,1, IC95 % 0,94 à 4,70, p = 0,079).

La proportion de participant traités est de 1,1 % dans le GI vs 0,7 % dans le GC (RR : 1,72, IC95 % : 0,71 à 4,16, p = 0,231).

Les patients du GI ont mis en moyenne moins de temps pour chercher à accéder au diagnostic (28j) contre 36,5 jours pour le GC (p< 0,001).

En revanche, l’étude n’a pas montré de différence en ce qui concerne le délai pour le traitement. Ainsi les tests e-IST peuvent permettre de doubler le nombre de dépistages des IST. A la différence des autotests où le patient fait sa propre analyse, ici, seul le recueil se fait à domicile. Les échantillons sont traités par un labo par des professionnels qui prennent en charge les cas positifs afin de guider au mieux le traitement.

Cette façon de procéder pourrait permettre de toucher une population ne souhaitant pas se déplacer vers un laboratoire ou des centres de soins, tout en assurant un suivi par des professionnels.

Dr Sylvie Coito

Référence
Wilson E et coll. : Internet-accessed sexually transmitted infection (e-STI) testing and results service : A randomised, single-blind, controlled trial. PLoS Med. 2017; 14 : e1002479. doi: 10.1371/journal.pmed.1002479. eCollection 2017 Dec.

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Vos réactions (2)

  • Les IST font de la résistance

    Le 28 février 2018

    Ce qui me frappe le plus, dès le début de cet article, c’est de voir que, malgré les progrès incontestables de leurs traitements spécifiques, le nombre de cas d’IST facilement curables (Chlamydia trachomatis, gonocoque, syphilis et trichomonas) est encore estimé à 357 millions et que cela persiste -depuis un demi-siècle- malgré les progrès incontestables des LAM et les progrès des traitements.

    Ainsi en Angleterre, en 2015, 436 928 nouveaux cas d’IST ont été diagnostiqués ainsi que 5684 nouveaux cas d’infection à VIH (1,30 % c’est peu).

    Constater que les IST classiques persistent m’oblige à me demander pour quelles raisons il en va ainsi. J’en vois trois de ces raisons tirées de 55 ans d’exercice de l’urologie aussi bien en milieu de CHU qu’en milieu libéral.

    1-En milieu libéral les personnes ont moins de difficultés à se confier. Ce sont encore des maladies honteuses et les lieux de prélèvements n’inspirent pas confiance.

    Seconde raison : les LAM ont fait beaucoup de progrès, c’est incontestable. Cependant le nombre des faux négatifs ou de résultats contradictoires reste assez élevé.

    J’en donnerais un exemple sur trois patients qui ont eu la patience de suivre trois prélèvements de plus.

    Tous les trois ont une gonorrhée évidente. Tels qu’ils se présentent avec des mouchoirs pleins de pus, des slips souillés de tâches verdâtres, des filaments nombreux dans le premier jet d’urine, ils devraient être traités sans attendre. Mais ils sont déjà allés dans un ou plusieurs laboratoires d’analyse médicale.

    Les prélèvements sont curieusement revenus négatifs ou contradictoires, mais à des dates différentes.

    Je suis frappé allant rendre visite à deux de ces LAM que les pipettes d’urine aspirées le sont en surface du verre à pied alors que les filaments sont au fond du pot. Mais personne ne s’avise de secouer le verre.

    Je parviens à demander à ces trois courageux d’aller, à vingt minutes d’intervalle, dans trois LAM réputés de la ville le même jour.

    Les résultats seront, encore une fois, contradictoires, souvent des faux négatifs, parfois des résultats différents. Que faire alors ? Décider de prescrire tout contre tout.

    Troisième raison trouvée en interrogeant les patients qui reviennent, non pas pour une résistance immédiate, mais pour une récidive à distance.

    Leurs partenaires ont refusé de suivre une ordonnance de tout contre tout à tout le monde. Elles ont été rassurées le plus souvent pas des gynécologues qui suivent l’EBM. Rien ne sera prescrit sans une preuve.

    Il est donc essentiel d’améliorer les démarches du diagnostic biologique et de convaincre les partenaires.

    Le pot récupérant les urines du 1er jet doit être vu par le biologiste après avoir été secoué pour faire remonter les filaments qui sinon restent au fond du verre.

    Cette façon de procéder par Internet pourrait permettre de toucher une population ne souhaitant pas –pour des raisons de honte- se déplacer vers un laboratoire ou des centres de soins, tout en assurant un suivi par des professionnels.

    Dr Jean Doremieux, urologue

  • IST, e-IST, i-IST, dépistage

    Le 28 février 2018

    Tout d’abord merci, un grand merci à ce grand médecin le Dr Jean Doremieux, dont les commentaires sont toujours aussi intéressants et qui témoignent d’une grande expérience.
    Contrairement à lui, je me méfie de cette étude qui ne prouve pas grand-chose. Seul 2 petit "p" reflète une certaine significativité. Ils concernent le temps pour chercher à accéder au diagnostic GI vs GC (p < 0,001) et le taux de participation 50 % vs 25 avec p < 0,001.
    La proportion de participants chez lesquels une IST a été diagnostiquée le "p" est à 0,079 donc non significatif. La proportion de participants traités n’est également pas significative (p = 0,231).
    Alors ? Dans un article que j’ai lu il y a moins d’un an (peut-être sur JIM), l’auteur proposait de modifier la valeur à partir de laquelle "p" devenait significatif. Je pense que l’auteur avait raison, cela éviterait de "nous faire tourner en bourrique" ou de "jouer les girouettes" à chaque nouvelle étude disant l’inverse de la précédente en raison d’une pseudo-significativité des résultats. Cela suppose aussi des études mieux faites et de ce fait souvent plus coûteuses.

    Mais, que recherchent les auteurs de ces études ? Obtenir un début de "vérité" ? Faire évoluer la médecine (ou la science, d’une manière plus globale) ? Acquérir une certaine popularité médiatique auprès de leurs pairs ou du publique quel qu’il soit ?

    Dr Jean-Philippe Pau Saint-Martin

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