La ballade des pendus, revisitée

Un des moyens les plus anciens, les plus violents et les plus spectaculaires, d’en finir avec la vie (la sienne ou celle des autres), la pendaison frappe l’imaginaire collectif. Les deux tiers des pendus par tentative d’autolyse meurent sur site et le tiers restant est hospitalisé. Les dégâts cérébraux et le décès sont en rapport avec les gênes ou les interruptions du retour veineux et du flux sanguin artériel, avec l’œdème cérébral et l’hypertension intracrânienne qui en résultent et leur corollaire qu’est l’engagement cérébral. Le danger est tout d’abord neurologique avec comme facteurs pronostiques la durée de la pendaison, la profondeur initiale du coma et la survenue ou non d’un arrêt cardiaque. En l’absence d’études randomisées, l’oxygénothérapie hyperbare (OHB) reste proposée comme une option thérapeutique.

Les patients qui survivent à une tentative d’autolyse par pendaison ont une récupération neurologique ad integrum dans 57–77 % des cas lorsqu’ils quittent l’hôpital, mais quel est leur devenir à long terme ? Question à laquelle une étude observationnelle française portant sur une période de 5 ans s’est proposée de répondre en évaluant leur état neurologique, à 6 et 12 mois, selon les scores de Cerebral Performance Category (CPC) qui est la référence en matière d’évaluation neurologique des arrêts cardiaques. Les facteurs associés à la récupération neurologique ont été déterminés en comparant les patients avec des scores CPC1 (bonne récupération) vs. CPC2 + 3 + 4 (mauvaise récupération).

Un moyen fréquent d’en finir avec la vie, chez l’homme

Deux-cent trente et un patients ont été inclus [98 % de tentatives d’autolyse, 199 hommes et 32 femmes, âge médian 40 ans (30–50,3 ans), score IGS2 (indice de gravité simplifié 2) 45 (32–54)], dont 6 enfants âgés de 10 à 17 ans et 13 patients âgés de plus de 70 ans. Un arrière-fond de troubles psychiatriques (52 % de dépression, 3,3 % de psychoses dont 4 cas de maniaco-dépression, 2 schizophrénies), de troubles psycho-sociaux ou d’addictions (25 % d’éthylisme chronique) a été retrouvé chez les trois quarts d’entre eux ; 21,9 % avaient déjà fait une tentative d’autolyse.
Les lieux de pendaison ont été le domicile (87,8 %), la prison (5,3 %) et l’hôpital psychiatrique (4,4 %). Cent quatre personnes (47 %) avaient été retrouvées en arrêt cardiaque et parmi les autres, 70 % présentaient une détresse respiratoire en sus des troubles neurologiques. Les 30 % restants avaient été intubés et ventilés pour troubles de conscience isolés. Cent quatre-vingt-dix-huit patients (86 %) avaient un score de Glasgow ≤ 7, dont 116 patients (50 %) un score à 3. Dix-neuf patients ont présenté un deuxième arrêt cardiaque au cours des premières 24 heures en service de réanimation et aucun n’y a survécu. L’OHB a été réalisée chez 95 % des patients avec un délai moyen entre réanimation cardio-pulmonaire et OHB de 120 minutes (90–180 minutes).

Un bon pronostic neurologique en l’absence d’arrêt cardio-circulatoire

Qautre-vingt-quinze (41 %) patients sont décédés en service de réanimation : 93 (89 %) dans le groupe arrêt cardiaque initial et 2 (1,6 %) dans le groupe sans arrêt cardiaque. Les évaluations neurologiques à 6 et 12 mois ont pu être pratiquées par téléphone chez 97 des 136 survivants. A 6 mois, dans le groupe arrêt cardiaque (n = 9), le score CPC était de 1 pour 6 patients, de 2 chez 2 patients et de 4 chez 1 patient. Dans le groupe sans arrêt cardiaque (n = 88), 79 patients avaient un état neurologique normal à 6 mois et 78 à 12 mois. Parmi ces patients 96 % ont regagné leur domicile, 77 % ont repris une activité professionnelle et 16 (18 %) ont fait une nouvelle tentative de suicide dans l’année. Les facteurs de risque des séquelles neurologiques à 6 mois ont été l’arrêt cardiaque sur les lieux de la pendaison (P = 0,045), une pression artérielle diastolique élevée (87 vs. 70 mm Hg ; P = 0,04), un score de Glasgow initial plus bas (4 vs. 5; P = 0,04) et une glycémie initiale plus élevée (139 vs. 113 mg/dL; P < 0,001).

Attention : risque élevé de récidive

Cette étude permet de porter un regard épidémiologique sur la pendaison pour tentative de suicide et les caractéristiques des désespérés qui y recourent. Elle confirme qu’en l’absence d’arrêt cardiaque initial, le pronostic neurologique est bon et que le fort taux de récidive nécessite une collaboration forte avec les psychiatres.

Dr B-A Gaüzère

Référence
Gantois G et coll. : Prognosis at 6 and 12 months after self-attempted hanging. Am J Emerg Med., 2017 ; publication avancée en ligne le 23 mai. doi.org/10.1016/j.ajem.2017.05.037

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