La contraception avec ou sans règles, beaucoup d’idées reçues…

Plusieurs types de contraception hormonale sont actuellement disponibles. Selon la méthode choisie, il est possible de modifier le cycle hormonal et d’agir sur l’abondance ou le rythme des règles. Pour la contraception orale combinée, le rythme 21/7 est actuellement désigné par les patientes et les soignants comme le plus « naturel ». Pourtant, les règles survenant au cours de ce type de contraception résultent, non pas du cycle naturel, mais de la privation hormonale. Elles ne procurent aucun bénéfice en termes de santé.

De nombreuses enquêtes ont montré que les femmes, particulièrement les européennes et les américaines, préfèreraient avoir moins de règles, tout en notant aussi, paradoxalement, un rejet des méthodes supprimant les règles. Les règles survenant chaque mois sont souvent considérées comme nécessaires, naturelles, et rassurent quant à l’absence de grossesse. Pour certaines, l’absence de règles favorise l’infertilité et la prise de poids.

Pour en savoir un peu plus sur la façon dont les femmes envisagent la relation entre la contraception et les règles, une équipe états-unienne a réalisé une nouvelle enquête, consistant en entretiens individuels (n = 18) en entretiens de groupes (n = 61) et en un questionnaire en ligne (n = 547).

Majoritairement en faveur des méthodes qui conservent les « menstruations »

Majoritairement, les participantes désignent leurs méthodes contraceptives préférées parmi celles qui permettent des règles chaque mois et un contrôle journalier de la contraception, c’est-à-dire la contraception orale œstro-progestative. Elles estiment que ce type de contraception leur permet un meilleur contrôle de leurs règles, dans un mélange complexe de besoin de responsabilité et de régulation menstruelle. Nombre d’entre elles manient leur contraception combinée pour choisir le moment de leurs règles. Elles émettent en revanche quelques réserves au sujet des méthodes à longue durée d’action (implant ou dispositif hormonal intra-utérin), réserves qu’elles justifient par la moindre possibilité d’intervenir sur sa contraception.

L’enquête confirme que beaucoup de participantes utilisant la contraception orale combinée estiment que les règles sont bénéfiques, alors que leur suppression est anormale et a des conséquences négatives sur la santé. Ce n’est pas le cas des femmes utilisant une contraception à longue durée d’action.

Pour les auteurs, ces différences reflètent sans doute des défauts dans l’information délivrée. Ils estiment que les soignants doivent pouvoir expliquer les bénéfices de la suppression des règles aux patientes qui souhaitent un conseil de contraception. Parler de la régulation et de la suppression des règles comme d’un choix naturel et sain pourrait, selon les auteurs, améliorer leur acceptabilité par les femmes. Les praticiens doivent aussi être à l’écoute des idées reçues concernant les dispositifs à longue durée d’action, afin d’apaiser les craintes et améliorer la perception des conséquences à long terme.

Dr Roseline Péluchon

Références
DeMaria A.M. et coll. : The myth of menstruation: how menstrual regulation and suppression impact contraceptive choice BMC Women'sHealth (2019) 19:125

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Vos réactions (6)

  • Et les médecins ?

    Le 06 novembre 2019

    Que les femmes aient une vision fantasmée des menstruations, cela se comprend aisément.
    Il est néanmoins largement connu que la suppression des règles, pratiquée depuis plus de trente ans par d'innombrables femmes, est extrêmement appréciée par elles (principalement scandinaves, il est vrai, et la religion n'est sans doute pas pour rien dans ces différences culturelles) - ce qu'on comprend encore plus aisément.

    Le problème est que l'attitude des médecins, et surtout leur abyssal niveau de méconnaisssance sur ce sujet, est un obstacle à la généralisation de la contraception sans règles. Il s'agit pourtant d'un gigantesque progrès, non seulement du point de vue pratique, mais aussi médical, et surtout social.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Les règles on s'en passent très bien !

    Le 06 novembre 2019

    Tout à fait d'accord avec le Dr Rimbaud ! Moins de carence martiale, amélioration des douleurs endométriosiques, de l'indice de Pearl, moins de besoin de protections polluantes (serviettes hygiéniques, tampons), diminution du risque de cancers ovariens et du côlon et de leucémie par le blocage ovulatoire...juste prendre le temps d'informer !

    Dr Marilyn Lespinas

  • Quels médecins? (au Dr Rimbaud)

    Le 11 novembre 2019

    Quels médecins ont une méconnaissance abyssal sur ce sujet ? Pas les médecins généralistes car c'est une demande régulière et de plus en plus "actuelle" et je m'en réjouis. Face à cette demande croissante, il faut bien que les médecins s'y intéressent. Je ne sais plus quand Seasonique ® est arrivée sur le marché mais ce n'est pas d'hier. Et avant cela on répondait à cette demande voire on la proposait devant des dysménorrhées sévères et des migraines cataméniales.

    D'accord avec le Dr Marilyn Lespinas qui, de plus, m'a appris que le blocage ovulatoire diminuait le risque de leucémie, comme quoi on apprend sans cesse. En revanche les hormones synthétiques sont retrouvées via l'urine dans la nature, en terme de pollution...

    A nouveau, à moins d'être gériatre, je ne vois pas comment un médecin (généraliste?) peut-il ne pas être méconnaissant de la contraception par EP sans règles. Déjà que l'on doit faire face au Doctor bashing, si on commence par s'autoflageller...

    Dr Frédéric Langinier

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