La prévention de la Covid 19, une barrière à la prématurité

Les mesures prises pour ralentir la diffusion de la Covid-19 ne sont pas dénuées d'effets collatéraux.

Mais à côté de nombreuses conséquences négatives, isolement, chômage, précarisation, il en est de bénéfiques.

Les conseils de prévention donnés dans de nombreux pays ont été pour les épidémiologistes l'occasion d'étudier les effets de gestes prophylactiques, souvent assez élémentaires, sur un certain nombre de pathologies, infections respiratoires et autres.

Parallèlement aux études concernant les effets directs de la Covid-19 sur le déroulement des grossesses, d'autres se sont intéressées aux modifications qu'apportaient ces nouveaux comportements sur l'ensemble des femmes enceintes, en comparant les données "avant et après" la mise en place des mesures de prévention.

Une étude Néerlandaise a ainsi évalué les modifications de l'incidence des accouchements prématurés, à partir de registres nationaux.

Les mesures de prévention aux Pays-Bas ont été mises en place le 9 mars 2020, puis graduellement renforcées. Ce 9 mars 2020 il était conseillé de ne pas serrer la main pour se saluer, de n'utiliser que des mouchoirs jetables, d'éternuer et de tousser dans son coude, et de rester à la maison en cas de symptômes de rhume, de fièvre, de contact avec une personne atteinte de la Covid-19, ou après un déplacement dans une région à haut-risque. Entre le 12 et le 23 mars, d'autres restrictions ont été mises en place, assez proches de celles que nous avons connues en France.

Mesures d’hygiène et distanciation physique protègent les femmes enceintes

Au total,1 599 547 enfants nés d'une grossesse unique à un âge gestationnel compris entre 24 et 41,6 SA, entre le 9 octobre 2010 et le 16 juillet 2020, dont 56 720 après le 9 mars 2020 ont été inclus dans l'étude ; 5,2 % d'entre eux étaient nés prématurément : 4,5 % entre 32 et 36,6 SA, 0,5 % entre 28 et 31,6 SA, 0,1 % entre 26 et 27,6 SA, et 0,1 % entre 24 et 25,6 SA.

L'étude des taux d'incidence hebdomadaire de la prématurité avant et après la mise en place des mesures de prévention montre qu'à partir du 9 mars (semaine 11) s'est produite une chute nette de ceux-ci.



La réduction de l'incidence des accouchements prématurés après le 9 mars était significative

- à 2 mois : ± 2 mois (n = 531 823) Odds ratio OR = 0,77 (0,66-0,91) p = 0,0026,
- à 3 mois : ± 3 mois (n = 796 531) OR = 0,85 (0,73-0,98) p = 0,028,
- à 4 mois : ± 4 mois (n = 1 066 872) OR = 0,84 (0,73-0,97) p = 0,023.

Cette réduction était retrouvée à tous les degrés de prématurité, mais n'était significative qu'entre 32 et 36,6 SA. L’analyse en fonction de l'environnement socio-économique montre qu’elle a seulement concerné les milieux les plus favorisés.

Les étiologies des accouchements prématurés spontanés, qui représentent environ deux-tiers de l'ensemble des accouchements prématurés, restent imprécises et vraisemblablement multi-factorielles. Certains facteurs de risques sont connus, tels que les infections maternelles qui peuvent être prévenues par les conseils d'hygiène et de distanciation physique appliqués ici.

Le télétravail, le chômage partiel en réduisant déplacements, fatigue et stress peuvent aussi avoir contribué à améliorer la santé maternelle ... comme a pu le faire la réduction de la pollution atmosphérique.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Been JV et coll. : Impact of COVID-19 mitigation measures on the incidence of preterm birth: a national quasi-experimental study.
 Lancet Public Health 2020, publication avancée en ligne le 13 octobre. doi.org/10.1016/ S2468-2667(20)30223-1

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