La vaccination anti-HPV changera-t-elle le dépistage ?

La mise sur le marché de vaccins contre les principaux types de papillomavirus oncogènes représente sans doute une étape essentielle dans la prévention du cancer du col de l’utérus. De nombreuses publications renseignent sur les modifications de l’incidence des anomalies cervicales depuis la mise en place de la vaccination.

En Écosse, un programme de vaccination systématique contre le papillomavirus a été installé en 2008, dans les collèges, pour les jeunes filles de 12 et 13 ans, avec un rattrapage jusqu’à 18 ans pendant 3 ans. Le vaccin anti-papillomavirus (anti-HPV) bivalent a été utilisé jusqu’en 2012. Plus de 85 % des jeunes filles ont ainsi été vaccinées selon le programme, et 65 % en rattrapage. Jusqu’en juin 2016, les femmes étaient invitées à un dépistage systématique à partir de 20 ans, âge repoussé ensuite à 25 ans. Les jeunes filles de la « cohorte rattrapage » sont dépistées depuis 2010, celles de la vaccination systématique depuis 2015. Toutes les données sont recueillies dans des registres nationaux, de manière anonymisées.

Elles ont été reprises pour une étude dont l’objectif était de quantifier l’effet sur les anomalies cervicales à l’âge de 20 ans de la vaccination par le vaccin anti-HPV bivalent à l’âge de 12-13 ans. Ont été analysées les données de 138 692 femmes nées entre le 1er janvier 1988 et le 5 juin 1996 et pour lesquelles un résultat de frottis fait à l’âge de 20 ans était disponible.

Diminution convaincante de l’incidence des CIN pour les jeunes femmes vaccinées

Les données sont convaincantes. Elles montrent en effet des réductions significatives de l’incidence des néoplasies cervicales intra-épithéliales (CIN) de tous grades chez les femmes vaccinées, nées en 1995 et 1996, comparativement aux non vaccinées, nées en 1988. La diminution est de 89 % pour les CIN 3 ou plus (prévalence passant de 0,59 % à 0,06 %), de 88 % pour les CIN 2 (de 1,44 % à 0,17 %) et de 79 % pour les CIN 1 (de 0,69 % à 0,15 %). Pour les CIN 3, l’efficacité vaccinale semble supérieure chez les femmes vaccinées à l’âge de 12-13 ans selon le programme de routine, comparées à celles qui ont bénéficié du « rattrapage » (86 % vs 51 %).

Il apparaît aussi un effet d’immunité de groupe pour les jeunes filles non vaccinées des cohortes nées en 1995 et 1996.

Pour les auteurs, cette réduction des anomalies cervicales dans ces cohortes vaccinées de façon systématique, qui constitueront dans les années à venir l’essentiel des populations à dépister, suggère la nécessité de revoir le dépistage et les recommandations de suivi. Plusieurs travaux ont indiqué que, pour certaines femmes, le dépistage pourrait consister en seulement 2 ou 3 tests HPV au cours de la vie. Ceci signifierait la nécessité d’une refonte des protocoles de dépistages systématiques.

Dr Roseline Péluchon

Références
Palmer T et coll. : Prevalence of cervical disease at age 20 after immunisation with bivalent HPV vaccine at age 12-13 in Scotland: retrospective population study. BMJ 2019; 365: l1161

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Vos réactions (2)

  • Effet dévaorable de la vaccination ?

    Le 20 avril 2019

    Oui, la vaccination changera le dépistage dans la mesure où les femmes se sentiront protégées par elle (alors qu'elle ne protège que contre certaines souches de HPV, et sans que personne ne sache à ce jour quelle est la durée de cette protection) et n'iront plus se faire faire de frottis. L'exemple de l'Australie est instructif: des études récentes et alarmantes semblent montrer que dans ce pays, qui a le plus long recul sur les conséquences d'une vaccination de masse contre le HPV l'incidence des cancers augmente paradoxalement.

    Dr François Thioly

  • Etude observationnelle

    Le 21 avril 2019

    Chacun sait ce qu'apporte les études observationnelles comme solidité de preuves!
    Chacun sait ce qu'une étude dont les investigateurs déclarent des liens d'intérêts avec le fabricant du vaccin peut avoir comme crédibilité.
    Et cela d'autant plus que l'étude est gratuite pour tous ceux qui voudront la lire, ce qui est l’exception au BMJ.
    La question est donc, si cela est gratuit, qui paye?
    Et comme corollaire si cela est gratuit qui est le produit?

    Dr Marc Gourmelon

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