Le chemsex, une pratique sexuelle à risque

En Angleterre, en 2015, 435 000 nouveaux cas d’IST ont été diagnostiqués et les gays, transsexuels, et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sont les groupes de la population les plus concernés. Entre 2012 et 2015, l’incidence des IST a « explosé » : 105 % d’augmentation pour celle des gonorrhées, 95 % d’augmentation pour la syphilis, 52 % pour les infections à Chlamydia. L’incidence des infections entériques s’est également accrue avec de plus en plus de diagnostics d’infections à Shigella flexneri 2a chez les hommes (+ 30 % entre 2014 et 2015) alors le taux restait stable chez les femmes. Le nombre de nouveaux cas de VIH a atteint 3 360 en 2014. Certains facteurs concourent à cette évolution inquiétante, notamment le développement d’une nouvelle pratique sexuelle : le sexe sous drogue ou chemsex.

Elle consiste à recourir à des drogues avant ou pendant la relation sexuelle afin de décupler le plaisir et les perceptions. Les produits les plus utilisés sont la métamphétamine ou crystal meth, le GHB/GBL, la méphédrone (MCAT) et la kétamine. Les drogues peuvent être injectées, on parle alors de slamsex.
 
Les rapports non protégés et prolongés conduisent inévitablement à des traumatismes des muqueuses d’où une augmentation du risque de transmission du VIH, du virus de l’hépatite C (VHC) et des autres agents des IST.

Les auteurs de cette étude anglaise ont cherché à évaluer le rôle de la pratique du sexe sous l’emprise de drogues dans la propagation des IST parmi la population des HSH séropositifs pour le VIH en envoyant des questionnaires à des patients consultant dans des centres prenant en charge cette infection en Angleterre.

Au total 4 350 propositions de participations ont été envoyées ; les réponses de 392 hommes sexuellement actifs séropositifs pour le VIH, considérés comme représentatifs de la population, ont pu être exploitées.

Au total, 29,5 % de ces 392 hommes ont déclaré avoir eu, au cours de l’année précédente, des relations de type chemsex et 10,1 % du slamsex.

Pour le chemsex, les drogues les plus utilisées étaient le GHB/GBL (71,6 %) et la méphédrone (71,4 %) et pour le slamsex, c’est le crystal meth (69,2 %) et la méphédrone (64,2 %).

Augmentation de l’incidence des IST

Près de trois quarts (72,3 %) de ces hommes signalent avoir eu des rapports non protégés, 35 % des rapports non protégés avec des sujets de statut inconnu vis-à-vis du VIH ou négatifs et, 9,8 % des rapports non protégés malgré une charge virale détectable. Ces conduites à risque étaient significativement plus fréquentes (respectivement odds ratio OR 5,73, p < 0,001 ; OR 2,34, p < 0,05 ; OR 3,86, p < 0,01) en cas de pratiques du chemsex.

Par ailleurs les utilisateurs de chemsex et slamsex avaient un nombre de partenaires occasionnels plus important.

Sous chemsex versus absence d’utilisation de drogues, les taux d’infection sont de 34 % vs 14 % toutes IST confondues, de 37 % vs 19 % pour les infections à Chlamydia, de 45 % vs 15 % pour celles à gonocoques et de 16 % vs 18 % pour la syphilis

Sous slamsex versus absence de drogues les chiffres correspondants sont 51 % vs 17 % (toutes IST confondues), 49 % vs 22 % (Chlamydia), 54 % vs 22 % (gonocoque), 31 % vs 15 % (syphilis).

De plus, on note une augmentation des cas d’hépatite C (OR 6,58 p < 0,01), des IST bactériennes (OR 2,65 ; p < 0,01) sous chemsex ainsi que sous slamsex (respectivement OR 9,39 ; p < 0,001 et OR 6,11 ; p < 0,001).

Au final, 1/3 des HSH sexuellement actifs rapportent pratiquer le chemsex. Celui-ci favorise les comportements à risque (grand nombre de partenaires, rapports non protégés avec des partenaires de statut inconnu) et est associé à une augmentation de l’incidence des IST.

Les auteurs n’ont pas noté de différence selon la région de naissance, le niveau d’éducation, l’emploi, les relations, la fréquence des binge drinking, et l’ancienneté de la séropositivité pour le VIH.

Dr Sylvie Coito

Référence
Pufall EL et coll. : Sexualized drug use (« chemsex ») and high-risk sexual behaviours in HIV-positive men who have sex with men. HIV Med. 2018; 19 : 261-270. doi: 10.1111/hiv.12574.

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Vos réactions (1)

  • Non, le GHB n'est pas une drogue !

    Le 05 mai 2018

    Le GHB n'est pas une drogue mais un anesthésique. L'hypnose en est insuffisante. On a du l'abandonner pour la raison que les opérés se réveillaient trop vite.

    Comment le GHB peut-il faciliter le réveil des comas post-traumatiques, mais aussi traiter le syndrome de Gelineau ? Hum !

    A mon humble avis, le GHB pris la nuit permet de reconstruire du sommeil paradoxal dans le s. de Gélineau.

    Sans le GHB le sommeil n'est pas reposant. D'où les chutes en pleine journée caractéristiques de cette affection.

    Dans les réveils des comas post-traumatiques le cerveau ne peut se reconstruire sans le GABA qui lui manque dans des structures bouleversées par le traumatisme.

    Le GHB lui sert de remplaçant.

    De là à en faire une drogue alors que c'est un simple hypnotique utilisé en anesthésie !

    Dr JD

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