Le paracétamol, à nouveau sur la sellette

Décidément, le paracétamol est soumis à de rudes épreuves en ce moment. Après que de nombreux journaux ont fait leur Une sur sa possible toxicité lors de traitements au long cours, le voici maintenant l’objet d’une nouvelle étude à charge publiée récemment par le British Medical Journal.

Il s’agit cette fois d’une méta-analyse, réalisée à partir de 13 essais randomisés comparant l’efficacité du paracétamol à celle du placebo dans les lombalgies et les douleurs d’arthrose de hanche et de genou. Les essais analysés totalisaient plus de 5 mille participants.

A court terme, le paracétamol ne fait pas la preuve d’une efficacité supérieure au placebo pour la réduction des douleurs lombaires (-0,5 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] -2,9 à 1,9) ni pour celle du handicap (0,4 ; IC95 -1,7 à 2,5). La qualité de vie des patients ne paraît pas non plus améliorée (0,4 ; IC95 -0,9 à 1,7). Sur les douleurs secondaires à l’arthrose de hanche ou de genou, l’effet du paracétamol est statistiquement significatif (-3,7 ; IC95 -5,5 à -1,9), mais il est inférieur à 4 points sur une échelle de 0 à 100 et donc trop faible pour avoir une traduction clinique. Le nombre de patients présentant des effets indésirables est le même dans le groupe traité par paracétamol et dans celui ayant reçu le placebo. Les auteurs précisent toutefois que des perturbations du bilan hépatique sont plus fréquentes chez ceux qui ont reçu du paracétamol, sans qu’ils puissent établir si cela peut avoir un impact clinique. L’observance du traitement et le recours à d’autres molécules sont les mêmes dans les deux groupes de patients.

Des travaux récents ont montré que des exercices de renforcement musculaire semblent efficaces dans la prise en charge de la lombalgie. Les auteurs proposent que de futurs essais évaluent aussi l’efficacité de l’activité physique associé à des conseils ou à de l’éducation thérapeutique sur les douleurs d’arthrose des genoux ou des hanches.

A vrai dire, les résultats de cette méta-analyse ne constituent pas une réelle surprise. La faible efficacité du paracétamol pour la prise en charge de la lombalgie avait déjà été pointée dans d’autre travaux, à tel point que le NICE (National Institute for Health and Care Excellence), équivalent au Royaume-Uni de notre HAS (Haute Autorité de Santé), a hésité à conserver, dans sa dernière édition, la recommandation du paracétamol dans l’indication rachialgies. Dans le cadre de cette méta-analyse, les auteurs n’ont pas trouvé suffisamment de données sur l’efficacité du paracétamol dans les cervicalgies.

Dr Roseline Péluchon

Références
Machado GC et coll. : Efficacy and safety of paracetamol for spinal pain and
osteoarthritis: systematicreview and meta-analysis of randomised placebo controlled trials
BMJ 2014; 350: h1225.

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Vos réactions (2)

  • Aspirine

    Le 20 avril 2015

    Il existe un très bon antalgique, l'Aspirine pH8 particulièrement efficace dans la polyarthrite rhumatoïde et pratiquement sans danger s'il est pris correctement. Malheureusement, il ne rapporte pas assez d'argent et il est régulièrement en arrêt de fabrication.
    Hélas, hélas, hélas...
    Dr Guy Roche, ancien interniste

  • Paracetamol et aspirine

    Le 20 avril 2015

    Je rêve ! On viendrait seulement de s'apercevoir que les douleurs lombaires pourraient être soulagées par des pratiques de médecine physique ? Effectivement ces techniques qui sont faites pour soulager des problèmes physiques ont l'avantage de ne pas modifier les constantes biologiques hépatiques. Et en plus ça marche très souvent.
    Quand au paracétamol, il a comme tous les médicaments des effets positifs et d'autres négatifs. L'évaluation bénéfice risque doit être faite comme à chaque prescription. Pour l'Aspirine également et chacun le sait.

    Françoise Baudry

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