Le SAOS protègerait le cerveau en cas d’arrêt cardiaque

Les survivants des arrêts cardiaques (AC) présentent parfois des séquelles de l’anoxie cérébrale à type de troubles de l’attention, de difficultés de mémorisation, de dépression et plus généralement d’une moindre qualité de vie. Les patients porteurs d’apnées du sommeil – soient 20 à 30 % de la population - sont exposés à des épisodes d’hypoxémie intermittente qui pourraient faire le lit d’un pré-conditionnement à l’ischémie chronique. Une équipe a émis l’hypothèse, à première vue inattendue, que les patients porteurs de syndromes d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) auraient un meilleur devenir neurologique à la suite d’un AC, précisément en raison de ce pré-conditionnement du cerveau à l’ischémie.

A cette fin, une étude rétrospective a été menée chez des survivants d’un AC intra-hospitalier entre janvier 2006 et septembre 2016. Les patients sans SAOS ont servi de comparatif à ceux souffrant d’un SAOS. Le critère principal de jugement était l’état neurologique au sortir de l’hôpital. Ont été exclus les patients présentant une des pathologies suivantes pré-existante : affection neurologique ou psychiatrique, affections à l’origine d’hypoxémie chronique (BPCO, fibrose pulmonaire, HTAP).

L’hypoxémie chronique protègerait de l’hypoxémie aiguë

Parmi les 739 patients âgés de plus de 18 ans (âge médian 63 ans) ayant présenté un AC, 73 (10 %) étaient porteurs d’un SAOS. La mortalité globale a été de 90 % (n = 623), la mortalité immédiate a été de 59 % (n = 43) parmi les porteurs de SAOS et de 94 % (n = 623) pour les autres (p < 0,001). Dix pour cent (n = 73 dont 30 % avec un SAOS) ont quitté l’hôpital vivants et ont fait l’objet d’une analyse ultérieure. Les patients sans SAOS ont eu plus souvent que les autres une moins bonne évolution neurologique (Odds ratio [OR] 2,1 ; intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] 1,11–7,66 ; p = 0,03). Après ajustement en analyse multivariée, le SAOS s’est avéré protecteur cérébral (OR 0,21 ; IC 95 %, 0,06–0,64 ; p = 0,01).

Il ressort de cette étude que le SAOS confère une meilleure tolérance à l’ischémie cérébrale aiguë. Des résultats surprenants à première vue qui demandent a être confirmés par de plus larges études prospectives éliminant d’éventuels facteurs confondants et précisant le mécanisme protecteur incriminé. Mais, quoi qu’il en soit, quelles pourraient bien en être les conséquences thérapeutiques ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Alejos D et coll. : Neurological outcomes of patients with history of obstructive sleep apnea after a cardiac arrest. Resuscitation. 2017 ; 119 : 13–17.

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