Le sport est finalement rarement impliqué dans la mort subite du sujet jeune

La mort subite du sujet jeune est un drame dont les mécanismes sont encore largement inexpliqués, en dépit du nombre croissant des études qui lui sont consacrées. Il y au moins une certitude : c’est le rôle des activités sportives dans sa survenue, quand bien même il s’agit probablement de la partie émergée de l’iceberg. Les facteurs de risque cardiovasculaire classiques présents dès le jeune âge favorisent indéniablement la morbi-mortalité à l’âge adulte, alors que leur rôle potentiel dans la survenue d’un arrêt cardio-circulatoire subi (ACS) du sujet jeune n’a pas réellement été évalué.

La prévalence des ACS en relation avec le sport diffère en fonction de l’âge

C’est là tout l’intérêt d’une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus des résidents de la région métropolitaine de Portland située dans l’Oregon (États-Unis), tous victimes d’un SCA survenu dans une tranche d’âge bien déterminée, en l’occurrence 5 à 34 ans. La période d’observation est comprise entre 2000 et 2015, le bassin de population étant approximativement estimé à un million. Les circonstances du drame, les résultats de la réanimation cardiorespiratoire et le profil clinique des patients ont été systématiquement pris en compte à partir des sources suivantes : comptes rendus des interventions effectuées en urgence, antécédents et dossiers médicaux individuels, mais aussi données de l’autopsie. Une attention particulière a été accordée à deux aspects de la problématique : la recherche d’une association éventuelle entre les facteurs de risque cardiovasculaire traditionnels et l'ACS, d’une part, le rôle des activités sportives, d’autre part.

Sur les 3 775 ACS dénombrés dans toutes les tranches d’âge, 186 (5 %) sont survenus chez des sujets jeunes (âge moyen 25,9 ± 6,8, 67 % d’hommes). La prévalence globale des signes d’alarme avant l'ACS s’est avérée faible (29 %), et dans 26 cas, ce dernier a été associé à une activité sportive en tant que facteur déclenchant. Dans les 160 cas restants qui sont largement majoritaires, l'ACS a frappé dans d’autres circonstances non corrélées au facteur précédent.

La prévalence des arrêts circulatoires subis reliés au sport a varié en fonction de l’âge : (1) ≤18 ans : 39 % ; (2) 19-25 ans : 13 % ; (3) 25-34 ans : 7 %. Par ailleurs, ces derniers ont été plus souvent rattachés à un trouble du rythme ventriculaire accessible à une cardioversion couronnée de succès. Par ailleurs, les taux de survie après l’arrêt cardiorespiratoire se sont avérés nettement plus élevés en cas d'ACS lié au sport, soit 28 % versus 11 % dans les autres cas (odds ratio = 2,5 ; p = 0,05).

Des facteurs de risque cardiovasculaires dans plus de la moitié des cas

Globalement, les circonstances ou les pathologies sous-jacentes aux ACS ont été les suivantes : arythmie le plus souvent ventriculaire brutale (31 %), maladie coronarienne (22 %) et cardiomyopathie hypertrophique (14 %). Par ailleurs, la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaire traditionnels avérés (diabète, obésité, hypertension, dyslipidémie, tabagisme) s’est avérée remarquablement élevée. En effet, au moins un de ces facteurs de risque a été rencontré dans 58 % des cas d' ACS du sujet jeune.

En bref, chez le sujet jeune, les activités sportives sont le facteur déclenchant des arrêts circulatoires subis  dans une minorité de cas. Les signes précurseurs ne sont retrouvés que chez moins d’un patient sur trois, mais quand ils existent, leur prise en compte devrait éviter cette issue problématique. Les facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels sont en revanche fréquents, puisqu’ils concernent plus d’un sujet sur deux et c’est à l’évidence leur dépistage dès le plus jeune âge qui doit être la cible privilégiée des mesures de prévention primaire au sein de la population générale.

Dr Catherine Watkins

Référence
Jayaraman R et coll. : Risk Factors of Sudden Cardiac Death in the Young: A Multiple-Year Community-Wide Assessment. Circulation. 2018;137:1561-1570.

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