Les AVC en France, il faut encore des progrès !

Au cours des deux dernières décennies, la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) sur le territoire national a fait des progrès considérables, avec l’avènement des unités neurovasculaires et la mise en œuvre de la thrombolyse par voie parentérale suivie de la thrombectomie mécanique. En dépit de ces avancées qui doivent également beaucoup au développement de la neuro-imagerie, le fardeau des AVC reste énorme à l’échelon mondial, puisqu’ils sont l’une des principales causes de décès et de handicap acquis chez l’adulte.

Le bilan d’une étude transversale française ne contredit pas ces allégations. Les informations utiles et nécessaires à sa réalisation ont été extraites de la base de données constituée par le Système National des données de santé. Trois objectifs ont été fixés : (1) estimer la mortalité post-AVC tant précoce que tardive ; (2) évaluer ses facteurs déterminants ; (3) analyser les tendances entre 2010 et 2015. La population de l’étude a été constituée par les patients d’âge ≥ 18ans, affiliés au régime général de la sécurité sociale, hospitalisés entre 2010 et 2015 pour un AVC aigu.

Le modèle de Cox a été utilisé pour analyser séparément les déterminants de la mortalité au 30ème jour (J30) post-AVC et de celle plus tardive, entre J31 et J365 en fonction de chaque type d’AVC ischémique ou hémorragique en traitant à part les hémorragies sous-arachnoïdiennes.

Près d’un tiers des patients hospitalisés succombe dans l’année 

En 2015, sur les 73 124 patients hospitalisés en raison d’un AVC, près d’un sur trois (26,8 %) est décédé dans l’année qui a suivi, la majorité des décès (56,9 %) survenant cependant dans les 30 premiers jours ayant suivi l’épisode neurologique inaugural.

Trois facteurs ont été significativement associés à la mortalité tant précoce que plus tardive : la non admission dans une unité neurovasculaire, le grand âge et l’existence de comorbidités. Le sexe féminin, pour sa part, a été associé à la mortalité tardive dans l’ensemble de la cohorte. Le lieu de résidence apparaît avoir un impact sur ces chiffres, tant précoces que tardifs : l’isolement et l’éloignement des zones urbaines dans des contrées désertiques d’un point de vue médical les ont majorés, quel que soit le type d’AVC. Entre 2010 et 2015, les taux de mortalité ont diminué de manière significative sous l’effet des campagnes d’information et des progrès thérapeutiques.

La mortalité des AVC reste élevée en France, puisqu’en 2015, près d’un tiers des patients concernés sont décédés dans l’année. C’est dans le mois qui suit l’AVC qu’elle est la plus élevée, dépassant largement les 50 %. Ces chiffres donnent à réfléchir, compte tenu des progrès accomplis. C’est la preuve qu’il faut mieux faire en jouant le plus rapidement possible sur trois facteurs : la lutte contre les déserts médicaux, la poursuite des campagnes d’information et l’amélioration de la prise en charge, une fois passée la phase aiguë.

Dr Philippe Tellier

Référence
Gabet A et coll. Determinants of Case Fatality After Hospitalization for Stroke in France 2010 to 2015. Stroke. 2019; 50(2): 305-312.

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