Troubles du sommeil et biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer dans le LCR

Les troubles du sommeil sont fréquents au cours des maladies neurodégénératives dont la maladie d’Alzheimer (MA) est le chef de file. Ils s’inscrivent en règle générale dans des perturbations du cycle veille-sommeil, qui s’aggravent parallèlement à la détérioration des fonctions cognitives. Ils peuvent être plus discrets au début de la maladie et, dans certaines études, il a été suggéré qu’ils pouvaient précéder le déclin cognitif caractéristique, notamment l’amnésie antérograde. Quels sont les liens entre la qualité du sommeil et les maladies neurodégénératives ? La question revient périodiquement, comme en témoigne une étude récemment publiée dans Neurology, qui s’est appuyée sur le Wisconsin Registry for Alzheimer's Prevention.

Elle a inclus 101 participants (âge moyen : 62,9±6,2 ans ; sexe féminin : 65,3 %). Tous avaient dans leurs antécédents familiaux des cas sporadiques de MA survenus chez des ascendants directs. Leurs fonctions cognitives étaient strictement normales, mais, compte tenu d’un risque de MA jugé élevé, une ponction lombaire avait été pratiquée pour doser divers biomarqueurs de la maladie représentatifs du retentissement cérébral de la maladie. Ces derniers concernaient le métabolisme des précurseurs des peptides amyloïdes, la dégénérescence neuronale/axonale (total tau [t-tau]), les voies de l’inflammation ou encore le dysfonctionnement synaptique : β-amyloid 42 (Aβ42), protéine tau phosphorylée 181 (p-tau), neurofilament light (NFL), monocyte chemoattractant protein-1 (MCP-1), chitinase-3-like protein 1 [YKL-40] et neurogranine.

L’ajustement des différences interindividuelles de la production totale de peptide amyloïde a reposé sur le calcul du rapport Aβ42/Aβ40. Les biomarqueurs du LCR ont été, pour leur part, exprimés sous la forme de rapports, dont le dénominateur a été les taux de Aβ42. La qualité du sommeil a été évaluée au moyen de divers scores calculés à partir des allégations des participants. Les relations entre ces scores et les biomarqueurs précédents ont été appréciées en recourant à une analyse par régression logistique multiple, avec ajustements en fonction notamment de l’âge, du sexe, mais aussi du délai entre évaluation du sommeil et dosages dans le LCR.

Une association significative

Cette analyse a ainsi mis en évidence une association significative entre les troubles du sommeil (qualité médiocre selon le sujet, scores perturbés et somnolence diurne) et certaines anomalies des biomarqueurs du LCR : baisse du rapport Aβ42/Aβ40 et élévation des rapports t-tau/Aβ42, p-tau/Aβ42, MCP-1/Aβ42 et YKL-40/Aβ42. En revanche, les taux de NFL et de neurogranine n’étaient pas impliqués.

Cette étude transversale établit donc une relation entre un sommeil de qualité médiocre et les variations pathologiques de certains biomarqueurs de la MA dosés dans le LCR. Ces résultats concernent des sujets dont les fonctions cognitives sont normales, même si le risque de la maladie est jugé élevé, à la lueur de leurs antécédents familiaux. L’amélioration de ces troubles du sommeil pourrait-elle constituer une étape de la prise en charge précoce de la MA à un stade infraclinique, alors que seuls les biomarqueurs du LCR sont perturbés ? La question peut se poser, mais d’autres études sont, à l’évidence, nécessaires pour étayer cette hypothèse.

Dr Philippe Tellier

Référence
Sprecher KE et coll. : Poor sleep is associated with CSF biomarkers of amyloid pathology in cognitively normal adults. Neurology 2017 ; 89 : 445-453.

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