L’hypothyroïdie infraclinique est-elle réellement asymptomatique ?

L’hypothyroïdie infraclinique ou encore dite fruste est définie sur le plan biologique par une élévation isolée des taux plasmatiques de TSH, ceux des hormones thyroïdiennes restant dans l’intervalle de normalité. Sur le plan clinique, il n’existe pas de symptômes susceptibles de faire évoquer le diagnostic d’hypothyroïdie, mais peu d’études se sont penchées sur cette dimension de la définition, étant entendu que stricto sensu, le terme « infraclinique » est le synonyme d’asymptomatique. Qu’en est-il dans les faits, bien des années après la définition princeps qui figure dans tous les traités de médecine ?

Une étude cas-témoins menée au Danemark

C’est à cette question que répondent trois enquêtes transversales réalisées au Danemark entre 1997 et 2005, in fine regroupées dans une seule et même publication sous la forme d’une étude de type cas-témoins. Leur objectif était d’établir un lien entre la consommation d’iode et la pathologie thyroïdienne dans le cadre du projet DanThyr (Danish Investigation on Iodine Intake and Thyroid Diseases). A cette fin, 8 903 participants ont rempli des questionnaires mentionnant notamment leurs antécédents médicaux, leurs habitudes en matière d’alcool et de tabac et leur niveau d’éducation, cependant qu’un bilan thyroïdien standard était systématiquement pratiqué. C’est ainsi qu’ont été comparés 376 cas d’hypothyroïdie infraclinique et 7619 témoins euthyroïdiens quant à la présence des treize symptômes suivants : fatigue, sécheresse cutanée, fluctuations de l’humeur, constipation, palpitations, agitation, dyspnée, sibilances ou wheezing, sensation de boule dans la gorge, dysphagie, alopécie, malaises ou vertiges, douleurs cervicales antérieures. Un score symptomatique a été calculé. Les données ont été traitées au moyen d’analyses univariées et multivariées.

Hypothyroïdie fruste : vraiment asymptomatique en l’absence de comorbidités  

Le score symptomatique médian s’est avéré identique dans les deux groupes (cas versus témoins), soit 2 (écart interquartile 0-4). Cependant, au sein du groupe des cas, les comorbidités ont eu un impact significatif sur l’expression clinique de trois symptômes peu spécifiques, en l’occurrence la fatigue, la dyspnée ou encore les sibilances et le wheezing (p< 0,001 pour chacune de ces variables). Les taux de TSH, pour leur part, n’ont eu aucune incidence sur le score symptomatique. Ce sont les sujets jeunes qui, au sein de ce groupe, ont accusé le retentissement mental le plus élevé au demeurant non spécifique : fatigue (p < 0,001), fluctuations de l’humeur (p<0,001) ou encore agitation (p=0,012). Les manifestations dyspnéiques, pour leur part, ont été associées aux valeurs élevées de l’indice de masse corporelle (p< 0,001) et au tabagisme (p = 0,007).

L’hypothyroîdie infraclinique ne s’accompagne d’aucun symptôme évocateur d’une pathologie thyroïdienne, tout au moins en l’absence de comorbidités, si l’on se réfère à une population témoin conséquente composée de sujets euthyroïdiens. Elle porte donc bien son nom. Quand il existe des symptômes dans ce contexte biologique, c’est aux comorbidités qu’il convient de les attribuer : c’est la prise en compte de ces dernières qui devrait dicter la conduite thérapeutique et non le recours à un traitement substitutif par le levothyrox qui n’aurait pas lieu d’être jusqu’à preuve du contraire.

Dr Philippe Tellier

Référence
Carlé A et coll. : Does Subclinical Hypothyroidism Add Any Symptoms? Evidence from a Danish Population-Based Study. Am J Med. 2021 ;134 (9):1115-1126.e1. doi: 10.1016/j.amjmed.2021.03.009.

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