L’obésité sans troubles métaboliques ne met pas à l’abri de l’athérosclérose infraclinique

Entre 30 à 50 % des sujets atteints d’une obésité, définie à partir des valeurs de l’indice de masse corporelle (IMC), ne présentent pas d’anomalies métaboliques. Il s’agit du phénotype MHO (metabolically healthy obese) ou en français obésité métaboliquement normale (OMN) et il est vrai que l’inverse est encore plus fréquent, en l’occurrence les sujets de poids normal, porteurs d’anomalies métaboliques qui peuvent être sévères. La répartition et les fonctions des dépôts de graisse jouent probablement un rôle primordial dans ce phénotype apparemment paradoxal, mais d’autres facteurs pourraient aussi entrer en ligne en compte. Quoi qu’il en soit, il est établi que l’obésité dans sa forme viscérale et les anomalies métaboliques qui l’accompagnent plus d’une fois sur deux sont autant de facteurs de risque impliqués dans la genèse de la maladie cardiovasculaire (MCV).

Le phénotype OMN met-il pour autant à l’abri au moins partiel du risque cardiovasculaire ? Les études publiées sont parfois discordantes, mais dans l’ensemble, ce phénotype a priori rassurant est loin de neutraliser le risque en question, car l’obésité est bel et bien là et, dans sa forme viscérale, elle reste menaçante. En témoignent les résultats d’une étude de cohorte coréenne prospective de grande envergure dans laquelle ont été inclus 6 543 hommes. A l’état basal, aucun des participants ne présentait d’athérosclérose carotidienne, l’épaisseur intima-média (EIM) mesurée par écho-doppler étant située dans l’intervalle de normalité. Aucune anomalie métabolique n’était par ailleurs été détectée à ce moment. Le phénotype OMN a été défini par un IMC anormal, l’absence de tout composant entrant dans la définition du syndrome métabolique et une insulinorésistance considérée comme non significative (valeur selon HOMA, homeostasis model assessment of insulinresistance < 2,5. Les participants ont été suivis régulièrement sur le plan clinique et l’EIM a été mesurée périodiquement.

Un risque plus élevé d’athérosclérose carotidienne

Au cours du suivi qui a atteint 34 797 sujets-année, une athérosclérose carotidienne infraclinique définie par une augmentation significative de l’EIM est apparue chez 1 916 participants. En analyse multivariée, la comparaison a porté sur les sujets de poids normal, ceux en surcharge pondérale et les obèses. Le calcul des hazard ratios ajustés (HRas) et de leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) a été réalisé au moyen du modèle de Cox. Par rapport aux témoins, la surcharge pondérale a été associée à un risque élevé d’athérosclérose carotidienne, le HRa étant en effet de 1,24 (IC, 1,12-1,38). En cas d’obésité, le HRa a atteint 1,54 (IC, 1,38-1,72). Ces associations n’ont pas été modifiées par des ajustements complémentaires qui ont pris en compte les variables métaboliques. Il en a été de même en l’absence d’obésité abdominale (tour de taille < 90 cm).

En bref, dans cette cohorte conséquente composée de sujets métaboliquement sains stricto sensu, le phénotype OMN a été associé à un risque élevé d’athérosclérose carotidienne infraclinique. En conséquence, ce phénotype ne met pas à l’abri du risque cardiovasculaire, preuves à l’appui.

Dr Catherine Watkins

Référence
Kim TJ et coll. : Metabolically healthy obesity and the risk for subclinical atherosclerosis. Atherosclerosis 2017; 262:191-197.

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Vos réactions (1)

  • MHO: pure invention !

    Le 10 août 2017

    Cette étude confirme que le concept de MHO est fallacieux. Et elle n'évoque pas le SAOS, qui n'est pas du tout benin. Il faut vite refermer ce chapitre qui n'a eu d'intérêt que comme source de publication !

    Dr André Marquand

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