Lutter contre la coqueluche du nourrisson grâce la vaccination anténatale ?

Des épidémies de coqueluche surviennent encore régulièrement partout dans le monde. Les principales victimes en sont les très jeunes enfants, et, en 2013, l’OMS rapportait encore 63 mille décès par coqueluche chez les enfants de moins de 5 ans. La vaccination des adolescents et la stratégie « cocooning » ont montré leurs limites pour protéger les nouveau-nés et les nourrissons. C’est pourquoi certains pays recommandent désormais la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse : les Etats-Unis depuis 2011, le Royaume-Uni depuis 2012, mais aussi l’Argentine, la Belgique, Israël, la Grèce ou encore le Salvador. L’objectif de cette stratégie est d’assurer la protection du nouveau-né par les anticorps maternels, en attendant que lui-même soit vacciné.

Le moment optimal de la vaccination reste imprécis

Une revue systématique de la littérature fait la synthèse des données actuelles concernant cette vaccination anténatale contre la coqueluche. Au total 47 études ont été retenues, concernant plus de 1 000 femmes enceintes vaccinées contre la coqueluche à des stades différents de leur grossesse.
Les données montrent un passage transplacentaire élevé des anticorps de la mère vers le fœtus. Le moment optimal pour la vaccination reste toutefois imprécis. Certains travaux attestent d’une concentration en anticorps supérieure dans le sang du cordon quand la mère est vaccinée à 28-32 semaines d’aménorrhée (SA) plutôt qu’à 33-36 SA, alors que plus récemment, une étude suisse montrait que les concentrations étaient supérieures chez les nouveau-nés de mères vaccinées entre 13 et 25 SA. Certains travaux ont aussi suggéré une possible interférence des anticorps maternels avec la réponse immune vaccinale du nourrisson, avec toutefois des résultats contradictoires selon les études.

Une diminution très nette des hospitalisations pour coqueluche avant trois mois

Il n’est pas retrouvé d’effets indésirables sur la grossesse, l’accouchement ou le pronostic néonatal. Quant à l’impact de la vaccination, un premier bilan réalisé en Angleterre enregistre une réduction de 78 % du nombre d’enfants de moins de 3 mois hospitalisés pour coqueluche au cours des 9 premiers mois de l’année 2013, suivant l’introduction de la vaccination néonatale, par rapport à la même période de l’année précédente, avec une efficacité vaccinale estimée à 91 %.

Mais tous les problèmes ne sont pas résolus. La couverture vaccinale et les freins à la vaccination varient en effet significativement selon les pays considérés. Il peut s’agir d’une méconnaissance par l’entourage des dangers de la coqueluche pour les nouveau-nés, de craintes, des patientes et des professionnels, concernant l’innocuité de la vaccination pendant la grossesse, ou encore de freins financiers. Différentes stratégies ont été envisagées par les autorités sanitaires des pays concernés, visant à aplanir ces obstacles.

En France la protection des nouveau-nés contre la coqueluche passe par un rappel de vaccin à l’âge de 25 ans, la stratégie cocooning et des rappels réguliers systématiques pour les professionnels de santé et de la petite enfance.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Gkentzi D et coll. : Maternal vaccination against pertussis : a systematic review of the recent littérature. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed.,2017 ;102 : F456-F463

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Vos réactions (4)

  • Mais pourquoi se poser la question ?

    Le 06 octobre 2017

    C'est une évidence de santé publique, à condition que l'on vaccine préventivement la mère et toutes les personnes qui seront en contact avec les enfants de moins de 1 an au moins.

    Dr Virgile Woringer

  • Et papa ?

    Le 07 octobre 2017

    On l'oublie un peu trop... or il est de plus en plus présent dans les soins de l'enfant...

  • Quelle place pour l'immunité cellulaire ?

    Le 11 octobre 2017

    L'article mentionne un "passage transplacentaire élevé des anticorps de la mère vers le fœtus" mais est-ce l'explication (sous-entendue) aux résultats cliniques obtenus ?
    Cela mérite discussion.

    En effet, dans l'article de N. Guiso et P. Reinert (http://www.jle.com/download/mtp-270361-la_coqueluche_physiopathologie_et_immunologie-pasteurlille-Wd4x@n8AAQEAAD2kHHwAAAAH-u.pdf ) les auteurs mentionnent que "la présence d’anticorps dans le sang de la mère ne protège pas le nouveau-né de la maladie" et qu'il est probable "qu’il existe un autre type d’immunité", en l’occurrence l’intervention d'une "immunité à médiation cellulaire". Dans ces conditions, on peut en déduire que la protection de l'enfant nécessite la présence d'anticorps et une activation de ses propres cellules immunocompétentes puisque les cellules immunocompétentes de la mère ne peuvent être utilisées par l'enfant.

    En conclusion, la mère vaccinée pendant la grossesse transmet, certes, des anticorps mais cette immunité humorale est insuffisante pour protéger l'enfant. Comment expliquer les résultats de cette étude clinique ?

    Dr D. Camus

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