Maladie d’Alzheimer, le microbiote vous dis-je !

La maladie d'Alzheimer (MA) est la forme la plus courante de démence. En raison du vieillissement de la population mondiale, le nombre de personnes atteintes de démence devrait atteindre 150 millions d'ici 2050 [1]. Les mécanismes qui sous-tendent la pathologie de la MA ne sont pas entièrement compris, ce qui entrave la mise au point de traitements efficaces. La neuro-inflammation est apparue comme une caractéristique essentielle de la MA, et récemment, l'hypothèse d'une association entre la dysbiose du microbiote intestinal et la neuro-inflammation a été avancée pour expliquer la survenue d’une MA [2] (le microbiote est l'ensemble des micro-organismes et de leurs gènes vivant dans un environnement particulier).

Le microbiote intestinal agit sur le cerveau par la sécrétion de toxines et d'acides gras à chaîne courte qui modulent la perméabilité intestinale, ainsi que de nombreuses fonctions immunitaires. D’autres recherches récentes montrent que des bactéries du microbiote intestinal libérent des lipopolysaccharides et des amyloïdes qui peuvent induire une activation microgliale dans le cerveau et contribuer à la production de cytokines pro-inflammatoires associées à la pathogenèse de la MA [3]. Le microbiote intestinal humain agirait par l'intermédiaire de l'axe microbiote-intestin-cerveau, un système de communication bidirectionnel reliant les voies neuronales, immunitaires, endocriniennes et métaboliques [4].

Des études observationnelles menées dans de nombreux pays montrent une réduction de la diversité du microbiote intestinal chez les patients atteints de MA par rapport aux témoins normaux sur le plan cognitif, ce qui pourrait contribuer à la pathogenèse de la maladie. La composition du microbiote intestinal humain et le risque de MA sont considérés comme des traits héréditaires ; une corrélation a récemment été montrée entre l’allèle ε4 du gène de l'apolipoprotéine E (APOE), identifié comme un facteur de risque majeur de la MA, et la composition du microbiome chez l'homme [5].

Cependant, peu d'études ont exploré la corrélation entre les allèles APOE et les taxons du microbiome au niveau du génome humain.

Un lien entre des bactéries intestinales et la maladie d’Alzheimer

Des chercheurs du « Nevada Institute of Personalized Medicine de l’University du Nevada » (UNV), ont étudié la corrélation génétique entre l'abondance des genres microbiens intestinaux et le diagnostic de MA, ainsi que l’éventuelle corrélation entre les genres microbiens intestinaux et le génotypage de l'APOE. Leurs travaux ont été publiés en 2023 dans la revue« Scientific Report » Nous en présentons les principaux résultats [5].

Pour leur étude, les chercheurs ont utilisé des analyses de score de risque polygénique (PRS) (un PRS est une estimation globale de la responsabilité génétique pour un trait spécifique). Cela leurs a permis de déterminer la relation génétique entre 119 genres microbiens et le diagnostic de la MA.

Les résultats montrent qu'il existe un lien étroit entre certains types de bactéries intestinales et la MA. L'analyse a révélé une corrélation significative entre 10 types spécifiques de bactéries intestinales et la probabilité de développer la MA.                                                                               Six catégories de bactéries ont été identifiées comme protectrices vis à vis de la MA : Adlercreutzia, groupe Eubacterium nodatum, Eisenbergiella, groupe Eubacterium fissicatena, Gordonibacter et Prevotella.                                                                                                                  Quatre types de bactéries ont été identifiées comme représentant un facteur de risque pour la MA : Collinsella, Bacteroides, Lachnospira et Veillonella ; ces bactéries étaient significativement associées à l'allèle de risque APOE rs429358.

Les auteurs concluent que leurs résultats montrent que le microbiote intestinal pro-inflammatoire pourrait favoriser le développement de la MA en interagissant avec l'APOE. Ainsi des facteurs génétiques de l'hôte influençent le développement de bactéries significativement associés à la MA, ce qui suggère que ces bactéries pourraient servir de biomarqueurs et de cibles pour le diagnostic, le traitement et l'intervention contre la MA.

Si leur analyse a permis d'établir des catégories globales de bactéries typiquement associées à la MA, les auteurs précisent que des recherches supplémentaires seront nécessaires pour étudier les espèces bactériennes spécifiques qui influencent le risque ou la protection vis à vis le la MA.

L'auteur principal de l’étude conclut qu’ « avec davantage de recherches, il serait possible de définir une trajectoire génétique qui pourrait identifier un microbiome intestinal plus ou moins enclin à développer des maladies telles que la MA……..et que nous devons également nous rappeler que le microbiome intestinal est influencé par de nombreux facteurs, y compris le mode de vie et l’alimentation".

Pr Dominique Baudon

Références
[1] Nichols, E. et al. : Estimation of the global prevalence of dementia in 2019 and forecasted prevalence in 2050: An analysis for the Global Burden of Disease Study 2019. Lancet Public Health, 2022 ; 7(2), e105–e125 (2022)
[2] Goyal,D., et al. : Emerging role of gut microbiotain modulation of neuroinflammation and neurodegeneration with emphasis on Alzheimer’s disease. Prog. Neuropsychopharmacol. Biol. Psychiatry, 2021 ; 2(106), 110112. doi.org/10.1016/j. pnpbp.2020.110112.
[3] Henry,C.J.,et al. : Peripheral lipopolysaccharide (LPS) challenge promotes microglial hyper- activity in aged mice that is associated with exaggerated induction of both pro-inflammatory IL-1β and anti-inflammatory IL-10 cytokines. Brain Behav. Immun. 2009; 23(3), 309–317.
[4] Carabotti, M., Scirocco, A., Maselli, M. A. & Severi, C. : The gut-brain axis: interactions between enteric microbiota, central and enteric nervous systems. Ann. Gastroenterol. 2015; 28(2):203-209.
[5] Hou, M., Xu, G., Ran, M., Luo, W. & Wang, H. : APOE-ε4 carrier status and gut microbiota dysbiosis in patients with Alzheimer disease. Front. Neurosci. 2021 ; 24(15), 619051.
[6] Cammann D, Lu Y, Cummings MJ, et al. : Genetic correlations between Alzheimer's disease and gut microbiome genera. Sci Rep. 2023;13(1):5258. doi:10.1038/s41598-023-31730-5

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Vos réactions (1)

  • Corrélation

    Le 04 juin 2023

    Il faut lire avec la plus grande prudence ce genre de publication.
    Je remarque ne connaitre quasiment aucune des bactéries évoquées : elles ne sont donc pas des pathogènes habituels de l'homme. Même pas dans des espèces pathogènes.
    On connait en première approximation de google 13 000 espèces de bactéries. Avec un risque alpha de 5 % on trouverait une corrélation positive 650 fois par hasard (c'est encore une approximation).
    Pire : le déterminant majeur du microbiote est l'alimentation. Or, un patient atteint d'un Alzheimer certain (donc sévère) a une alimentation très différente. Par exemple, sa consommation de Romanée Conti devient le plus souvent négligeable mais pas exclusivement. Correlation is not causation.
    Il est assez peu probable qu'on guérisse (ou même prévienne) la MA par des greffes fécales.

    Dr J-R Werther

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