Mauvaise psychiatrie

“ Je me revois sortir d’un cinéma en 1976, après avoir vu Vol au-dessus d’un nid de coucou, en protestant que le personnage du malade mental incarné par Jack Nicholson était irréaliste, car la thérapie par électrochocs (ECT) ne serait jamais utilisée comme une punition de routine dans un hôpital Royaume-Uni ” se rappelle Elaine Murphy (une parlementaire britannique, psychiatre de formation) dans les colonnes du British Journal of Psychiatry. Mais le lendemain de cette projection, elle se souvient aussi d’avoir entendu un reportage à la radio sur la “ maltraitance institutionnelle ” de patients, dans un hôpital psychiatrique en Angleterre : l’utilisation sans discernement de la sismothérapie était dénoncée, à la fois à titre “ répressif ” et de “ contrôle ” (both punishment and control). Ce n’était pas la première fois qu’Elaine Murphy se trouvait confrontée à un “ scandale hospitalier ”, explique-t-elle, mais la coïncidence frappante de cette révélation d’une utilisation abusive de l’ECT et du film de Miloš Forman (parallèlement à la lecture du roman homonyme de Ken Kesey dont est tiré ce film) “ changea à jamais (sa) complaisance sur ce qui peut survenir dans les hôpitaux psychiatriques. « Les personnages emblématiques de ce récit dramatique (en particulier l’infirmière Mildred Ratched, incarnée à l’écran par Louise Fletcher » et que “ tout médecin redoute de côtoyer dans son équipe ”) nous renvoient à une réalité douloureuse où nous découvrons un aspect inquiétant de la psychiatrie.

Ce risque liberticide s’enracine dans des certitudes thérapeutiques douteuses où certains soignants (épigones de Mildred Ratched) méconnaîtraient toute humanité pour s’en remettre exclusivement à une “ main de fer dans un gant de velours ” (a rod of iron hidden behind a slyly benevolent manner). Malgré son aspect parfois caricatural, cette histoire “ iconique sur la folie et les établissements psychiatriques aux États-Unis ” doit nous inciter à la vigilance pour prévenir les excès possibles d’une “ mauvaise psychiatrie. ” Réalisé à l’époque où la psychiatrie comportait une dimension répressive de “ normalisation ” politique en URSS, le film de Milos Forman comporte d’ailleurs une métaphore politique : l’hôpital psychiatrique y symbolise l’enfermement (comme dans le monde communiste que le réalisateur avait fui après l’échec du Printemps de Prague) et le personnage Randall Patrick McMurphy (Jack Nicholson) représente la résistance à cette volonté normalisatrice, partagée par le goulag soviétique et la psychiatrie occidentale.

Dr Alain Cohen

Référence
Murphy E : Ten books. Bad psychiatry. Br J Psychiatry 2014 ; 204 : 406–408.

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