Moins de sodium, plus de potassium : une utopie ?

Dans le cadre de la prévention des risques cardiovasculaires, les autorités de santé recommandent le plus souvent une consommation basse de sodium, associée à une forte consommation de potassium. Pour l’OMS par exemple, la consommation journalière de sodium ne devrait pas dépasser 2 g/jour, alors que la consommation moyenne actuelle dans le monde est de 4 g/jour. Celle de potassium devrait être supérieure à 3,5 g/jour, alors qu’elle est actuellement de 2 g/jour en moyenne. Ces valeurs sont établies à partir d’essais cliniques examinant la relation entre la consommation de sodium et de potassium et la pression artérielle. De nombreuses études de cohorte ont toutefois remarqué que l’association entre la consommation de sodium et les maladies cardio-vasculaires ou la mortalité suivait une courbe en J, avec une augmentation du risque apparaissant pour des consommations inférieures à 2,7 g ou supérieures à 5 g/jour.

Le lien entre le risque de maladies cardiovasculaires et une consommation élevée de sodium semble limité aux hypertendus. Au contraire, l’association entre la consommation de potassium, la pression artérielle et les pathologies cardiovasculaires est quant à elle consistante, avec une réduction linéaire associée à l’augmentation des apports. Il est toutefois jusqu’à présent difficile de savoir si le bénéfice d’une augmentation de la consommation de potassium a un effet direct sur la modification du risque cardiovasculaire ou s’il s’agit d’un marqueur de régime alimentaire plus sain (plus riche en fruits et légumes).

En conformité avec les préconisations de l’OMS dans seulement 0,002 % des cas

Une récente étude de cohorte internationale, menée dans 18 pays, a repris  ce sujet et évalué le lien entre l’excrétion urinaire du sodium et du potassium (utilisée comme marqueur de la consommation), le risque cardiovasculaire et la mortalité. Au total 103 570 volontaires ont été suivis pendant environ 8 ans. L’excrétion moyenne de sodium sur 24 heures est estimée à 4,9 g et celle de potassium à 2,1 g. Notons que seulement 0,002 % des participants réunissent les conditions idéales édictées par l’OMS, avec à la fois une excrétion urinaire faible de sodium (< 2 g) et élevée de potassium (> 3,5 g).

Les données réaffirment que le risque cardiovasculaire le plus élevé se rencontre pour les taux les plus faibles et les plus élevés d’excrétion urinaire du sodium, tandis que l’association entre la mortalité ou le risque cardiovasculaire et l’excrétion de potassium suit une courbe inverse et linéaire.

L’étude confirme aussi l’interaction entre l’excrétion urinaire de sodium et celle de potassium : une consommation élevée de potassium atténue le risque cardiovasculaire associé à une forte consommation de sodium et inversement, l’association entre une excrétion élevée de sodium et le risque cardio-vasculaire est plus marquée chez ceux qui consomment peu de potassium.

Ces résultats suggèrent que les préconisations d’une consommation de sodium < 2 g/jour associée à une consommation de potassium > 3,5 g/j sont irréalistes, en tous cas dans la population générale, vu le nombre infime de participants à cette étude qui atteignent ces cibles. Notons au passage que ce trop faible nombre ne permet pas d’évaluer précisément l’impact de cet objectif sur le risque cardiovasculaire.

Pour les auteurs, préconiser une réduction trop drastique de la consommation de sel pourrait avoir un effet contre-productif, décourageant bon nombre de personnes de se lancer dans l’adoption d’une alimentation plus saine.

Dr Roseline Péluchon

Références
0’Donnell M. et coll. : Joint association of urinary sodium and potassium excretion with cardiovascular events and mortality: prospective cohort study. BMJ 2019;364:l772

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Vos réactions (1)

  • La substance, la quantité et le temps d'exposition

    Le 21 mars 2019

    Les normatifs sont des casse couilles. La solution c'est tout n'importe quoi mais en quantité modérée. Ne pas oublier qu'en toxicologie les paramètres sont : la substance, la quantité et le temps d'exposition et de jamais isoler ces trois paramètres.

    Dr Jean-Paul de Bosschère

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