Moins de syndromes métaboliques grâce à l’alimentation bio ?

Les chercheurs français de la cohorte NutriNet ont récemment décelé un effet protecteur de la consommation d’aliments bio vis-à-vis du risque de cancer. Mais y a –t-il impact sur d’autres pathologies ? Ces auteurs ont cette fois entrepris une exploration transversale, préliminaire des conséquences de la prise d’aliments bio sur le syndrome métabolique, les pesticides étant suspectés de contribuer à la survenue du diabète et l’apparition de l’obésité.

Au total, 8 174 volontaires de la cohorte NutriNet, âgés en moyenne de 58 ans, ont participé à l’étude. La consommation alimentaire a été relevée par un questionnaire de fréquence alimentaire prenant en compte les aliments bio. Les auteurs ont calculé la proportion d’aliments bio au sein du régime global et par groupes d’aliments spécifiques. Les volontaires ont été classés en tertiles, selon cette proportion dans le régime général. Le diagnostic de syndrome métabolique reposait sur 3 critères parmi :

1) obésité abdominale (tour de taille ≥ 94 cm pour les hommes et ≥ 80 cm pour les femmes),
2) pression artérielle élevée (PAS/PAD  ≥ 130/85 mmHg ou traitement antihypertenseur),
3) triglycérides TG (≥ 150 mg/dL ou traitement aux fibrate),
4) cholestérol HDL (< 40 mg/dL pour les hommes ou < 50 mg/dL pour les femmes),
5) glycémie élevée (glycémie à jeun > 100 mg/dL ou traitement antidiabétique).

Les marqueurs cliniques étaient mesurés par les investigateurs et les marqueurs biologiques par le laboratoire dédié pour cette étude.

Diminution de 31 % du risque de syndrome métabolique chez les plus gros consommateurs

Après ajustement sur des facteurs sociodémographiques et d’hygiène de vie, sur l’IMC et la qualité de l’alimentation, le risque de présenter un syndrome métabolique était abaissé de 31 % pour le tertile supérieur comparé au tertile inférieur (prévalence ratio 0,69, intervalle de confiance à 95 % IC95 % : 0,61-0,78). La part de bio dans le tertile supérieur était de 38 %. Parmi les différents aliments bio, ceux d’origine végétale (fruits et légumes, céréales complètes, féculents, huiles), et les produits sucrés étaient particulièrement concernés, et à un moindre degré, les œufs, les produits laitiers et les fast-food. Pas d’associations en revanche pour les produits de la mer et les viandes. Les critères du syndrome métabolique étaient aussi individuellement concernés, à l’exception du cholestérol HDL.

Il est intéressant de constater que dans l’ensemble de la population, les aliments non-bio ne dépassent que rarement (2,7 % des cas) les niveaux maximum de résidus en pesticides autorisés, selon l’enquête européenne de l’EFSA et « seuls » 44 % contiennent des pesticides, ces chiffres étant bien sûr plus bas pour les aliments bio (respectivement 0,8 % et 15 %). Mais ces données récentes, si elles étaient confirmées par d’autres travaux, suggèrent que la protection apportée par la réglementation n’est pas suffisante. Une exposition moindre des aliments conventionnels aux pesticides pourrait optimiser la protection de la population, posant la question d’adapter les niveaux-limite autorisés autant que possible.

Enfin, rappelons le rôle protecteur d’une consommation suffisante de fruits, légumes et légumineuses en général sur ces paramètres, mis en évidence par de très nombreuses études (y compris NutriNet), même s’il était démontré que le bio apporte un bénéfice supplémentaire.

Dr Viviane de La Guéronnière

Référence
Baudry J et coll : Association between organic food consumption and Metabolic Syndrome: cross-sectional results from the NutriNet-Santé study. Eur J Nutr., 2018, 57: 2477-2488.

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