Mutilations sexuelles dans le monde : quelle implication des professionnels de santé ?

Chaque année plus de 3,6 millions de fillettes risquent une mutilation génitale, rejoignant ainsi les 200 millions de filles et de femmes qui en ont déjà été victimes en Afrique, Asie et au Moyen-Orient. Les migrations ont étendu le problème dans les autres parties du monde, et l’Europe, les USA, l’Australie ou le Canada ne sont plus épargnés. La communauté internationale appelle régulièrement à un engagement vaste et sur le long terme pour lutter contre ces pratiques, tant dans les pays d’origine que dans les pays de migration. Cet engagement doit être multisectoriel, associant l’éducation, la finance, la justice, la santé, etc.
 
En 2001, l’OMS publiait son premier guideline destiné aux professionnels de santé et remis à jour en 2016. Mais, malgré des améliorations notables des législations et de l’engagement des communautés, l’implication des professionnels de santé reste encore mal évaluée. Une équipe internationale publie les résultats d’une enquête menée dans 30 pays (11 pays « d’origine » où sont pratiquées les mutilations sexuelles et 19 pays de migration). L’objectif était de déterminer l’implication des professionnels de santé dans la prise en charge des mutilations génitales féminines.
 
Au total, 24 pays ont mis en place des mesures de lutte contre ces mutilations. Parmi eux, 19 ont constitué des structures de coordination et 20 ont mis en œuvre leur plan, partiellement ou totalement. Certains semblent toutefois peu motivés, puisque dans 11 pays, aucun fond n’a été alloué à la mise en œuvre du projet et aucun système d’évaluation n’est prévu dans 13 pays.
 
Le niveau d’engagement des professionnels de santé varie considérablement d’un pays à l’autre et à l’intérieur d’un même pays. Si une formation systématique est plus souvent délivrée aux praticiens exerçant dans les pays où les mutilations sont pratiquées, les praticiens des pays de migration semblent quant à eux plus engagés dans la prévention.

Une « médicalisation » encore beaucoup trop fréquente

Dans la majorité des pays, les professionnels de santé ont l’interdiction de pratiquer les mutilations génitales féminines, mais un peu partout persiste une ambiguïté en ce qui concerne la réinfibulation (nouvelle suture des lèvres précédemment séparées par une désinfibulation). Une étude récente révélait pourtant que 26 % des femmes de 15 à 49 ans mutilées l’avaient été par un professionnel de santé, avec les taux les plus élevés au Soudan (67 %), en Égypte (38 %), en Guinée (15 %), au Kenya (15 %) et au Nigeria (13 %). L’OMS condamne cette médicalisation des mutilations génitales féminines, qui encourage leur perpétuation et la légitimation d’une pratique nuisible, et contrecarre les actions mises en place pour les combattre.
 
Rares sont les pays dont le système de santé ne propose pas la dé-infibulation (Ghana, Iran, Sierra Leone). En revanche, la reconstruction clitoridienne et une prise en charge psychologique et sexuelle sont beaucoup plus rarement proposées, notamment dans les pays d’origine.

De l’obligation de déclarer

Les auteurs soulèvent la question de l’obligation de déclarer les cas de mutilations génitales, obligation fréquente dans les pays de migration. Ils soulignent la position de conflit de loyauté dans laquelle se trouve alors le professionnel. Ce dilemme peut se poser aux professionnels en France. Rappelons en effet que la levée du secret professionnel est prévue expressément par l’article 226-14 du code pénal dans les cas de mutilations sexuelles et que « Tout citoyen, tout professionnel qui a connaissance d’un tel risque a l’OBLIGATION de signaler aux autorités judiciaires ou administratives cette situation. L’abstention constitue une infraction pour non-assistance à personne en danger prévue et punie par l’article 223-6 du code pénal » (1)

(1) Secrétariat d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes – Mutilations sexuelles féminines - http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Mutilations-sexuelles-feminines.html

Dr Roseline Péluchon

Références
Johansen R.E.B. et coll. : Health sector involvement in the management of female genital mutilation/ cutting in 30 countries. BMC Health Services Research (2018) 18 : 240.

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Vos réactions (1)

  • Instruction

    Le 14 mai 2018

    Totalement contre cette pratiqie que rien ne justifie. La prévention en expliquant les conséquences et les raisons de ne pas le faire. L'instruction des peuples est sûrement une des principales solutions.

    Denis Tomaszewski

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