Ne pas se noyer sans témoin !

Avec 380 000 décès annuels dans le monde, dont plus de 400 en France, les noyades  représentent un problème de santé publique et l’on connaît finalement peu le devenir neurologique post-anoxique de ces accidents et les facteurs susceptibles de l’améliorer. Quan et al. ont démontré chez 1 094 victimes de noyade, que la température de l’eau n’avait pas d’influence sur le devenir neurologique et que parmi les victimes ayant eu une bonne récupération neurologique, 88,2 % avait été immergées pendant moins de 6 minutes (1).

Des auteurs américains ont tenté de mieux connaître la population à risque de noyade et d’identifier les facteurs associés à un bon pronostic neurologique, défini par la Cerebral Performance Category (CPC), en consultant dans le registre américain Cardiac Arrest Registry for Enhanced Survival les données collectées entre janvier 2013 et décembre 2015 (2). Le bassin d’attraction de ce registre est très vaste : 100 millions de personnes, 1 100 services médicaux d’urgence , 1 500 hôpitaux.

Des adolescents et des adultes jeunes de sexe masculin dans des endroits isolés

Parmi les 919 noyés répertoriés (73,02 % d’hommes) ayant présenté un arrêt cardio-circulatoire récupéré, le devenir neurologique était connu 908 fois (âge moyen 34,64 ± 25,98 ans). Les manœuvres de réanimation ont été pratiquées par un témoin dans 428 cas (47,14 %), sans  recours au défibrillateur automatique dans 67,62 % des cas (n = 614). Dans la majorité des cas,  il n’y a eu ni témoins (n = 675 ; 74,34 %), ni trouble du rythme choquable à l’arrivée des secours (n = 840 ; 92,61 %). Cent vingt-trois patients (13,53 %) ont quitté l’hôpital vivants dont 79,51 % (n = 97) en bon état neurologique (CPC 1 – bonne performance cérébrale ou CPC 2 – altération modérée des performances cérébrales).

Rôle essentiel des manouvres de réanimation pratiquées par le premier venu

Le devenir neurologique favorable a été significativement associé aux manœuvres de réanimation pratiquées par un témoin (Odds Ratio [OR] = 2,94 ; intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] 1,86–4,64 ; p < 0,001), à la simple présence d’un témoin de la noyade (OR = 2,6 ; IC 95 % 1,69–4,01 ; p < 0,001) et au jeune âge (OR = 0,97, IC 95 % 0,96–0,98 ; p < 0,001).

Par contre, la noyade dans un lieu public (OR = 1,7; IC 95 % 0,77–1,79 ; p = 0,47), le sexe masculin (OR = 0,9, IC 95 % 0,57–1,43 ; p = 0,66), et un trouble du rythme choquable (OR = 1,54; IC 95 % 0,76–3,12 ; p = 0,23), n’ont pas été associés à un bon pronostic neurologique. Le recours au défibrillateur automatique avant l’intervention des services médicaux d’urgence a été associé avec un moindre probabilité de pronostic neurologique favorable (OR = 0,38 ; IC 95 % 0,28–0,66 ; p < 0,001). Parmi les victimes chez lesquels le défibrillateur automatique a été mis en place avant l’arrivée des équipes d’urgence (n = 294), seulement 33 (11 %) avaient un rythme choquable et seules 3 (1,02 %) ont eu un bon pronostic neurologique.

En analyse multivariée, les manœuvres de réanimation pratiquées par un témoin (OR ajusté 3,02, IC 95% 1,85–4,92, p < 0,001), la simple présence d’un témoin de la noyade (OR ajusté 3,27, IC 95% 2,0–5,36, p < 0,001) et le jeune âge (OR ajusté 0,97, IC 95% 0,96–0,98, p < 0,001) sont restées associés à un meilleur devenir neurologique.

Il y a de quoi noyer votre chagrin

Cette vaste étude rétrospective qui ne mentionne ni le temps de submersion des noyés, ni la température de l’eau, ni le caractère volontaire ou accidentel de la noyade, confirme que la plupart des noyés sont des adolescents et des jeunes adultes de sexe masculin qui se noient le plus souvent à l’abri des regards. Elle confirme que le pronostic neurologique après un arrêt circulatoire par noyade reste mauvais, mais qu’il est amélioré par les manœuvres de réanimation pratiquées par un témoin de la noyade. Les troubles du rythme choquables sont rares - parce que la plupart des noyades se passent sans témoin et sont donc découvertes tardivement - et ne sont pas associés à un meilleur pronostic neurologique, vraisemblablement pour les mêmes raisons.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Références
1) Quan L, Mack CD, Schiff MA : Association of water temperature and submersion duration and drowning outcome. Resuscitation, 2014 ; 85: 790–794
2) Tobin JM, Ramos WD, Pu Y et coll. : Bystander CPR is associated with improved neurologically favourable survival in cardiac arrest following drowning. Resuscitation. 2017; 115: 39-43.

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Vos réactions (1)

  • Rythme choquable

    Le 26 avril 2017

    La présence d'un rythme choquable évoque peut-être aussi une pathologie coronarienne sous-jacente, voire ayant causé la noyade, ce qui pourrait expliquer le pronostic neurologique pas meilleur, voire moins bon.

    Dr Alexandre Conia

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