OMA du jeune enfant : suivez le guide

La mise en place de la vaccination contre le pneumocoque (PCV) et les résultats des actions menées pour réduire les résistances aux antibiotiques ont modifié l’écologie bactérienne de l’oropharynx. Une baisse de la proportion de souches d’Haemophilus influenzae productrices de β-lactamases a été notamment constatée. En 2011, ces modifications ont conduit les autorités sanitaires françaises à modifier les recommandations pour le traitement des otites moyennes aiguës (OMA) de l’enfant. Pour les enfants de moins de 2 ans, l’amoxicilline devenait l’antibiotique recommandé en première intention, sauf quand l’otite s’accompagne d’une conjonctivite, auquel cas le premier choix devait se porter sur l’association amoxicilline/acide clavulanique. Haemophilus influenzae (Hi), Streptococcus pneumoniae (Sp) et, dans une moindre mesure, Moraxella catarrhalis (Mc), sont les principales bactéries impliquées dans les OMA de l’enfant.

Une étude sur seize ans

Dans l’objectif de réévaluer la pertinence de ces modifications, une équipe française a analysé les variations des portages naso-pharyngés et des résistances aux antibiotiques des souches de Sp, Hi et Mc isolées chez les jeunes enfants, entre 2001 et 2016, période incluant la mise en place de la vaccination contre le pneumocoque, et particulièrement, à partir de 2013, la vaccination à 13 valences (PCV13). Près de 13 mille enfants âgés de 6 à 24 mois, atteints d’une OMA, ont été enrôlés par 138 pédiatres.

La proportion de Sp non sensibles à la pénicilline se trouve réduite de 46,4 % pendant la période étudiée, avec seulement 0,8 % de souches résistantes isolées au cours de la période suivant la vaccination avec le PCV 13. La tendance est inverse pour les souches d’Hi productrices de β-lactamases, dont la prévalence augmente continuellement depuis 2011, pour atteindre le taux de 23,6 % en 2016, mais reste toutefois inférieur à 20 % chez les enfants ne présentant pas de conjonctivite. Quant au taux de Mc productrices de β-lactamases, il reste très élevé (> 97 %). Ces dernières sont toutefois rarement impliquées dans les OMA sévères ou compliquées.

Modification de la symptomatologie

Les praticiens l’ont sans doute constaté, et les auteurs le confirment : au fil du temps, des modifications dans la symptomatologie des OMA sont apparues. La présentation clinique est en effet moins sévère, avec moins d’otalgies, de fièvre et d’otorrhée, ce qui reflète sans doute l’impact des PCVs et la réduction des OMA dues aux types de Sp contenues dans les vaccins. Notons enfin que dans la période suivant la vaccination par le PCV13, le principal élément prédictif de portage d’Hi producteur de β-lactamases est la présence d’une conjonctivite (Odds ratio 6,0 ; intervalle de confiance à 95 % 4,7 à 7,7).

L’étude confirme la recommandation en première ligne de l’amoxicilline pour le traitement de l’OMA du jeune enfant, sauf en cas de conjonctivite où il est encore indiqué d’avoir recours à l’association amoxicilline/acide clavulanique.

Dr Roseline Péluchon

Références
Rybak A et coll. : Antibiotic Resistance of Potential Otopathogens Isolated From Nasopharyngeal Flora of Children With Acute Otitis Media Before, During and After Pneumococcal Conjugate Vaccines Implementation.
Pediatr Infect Dis J., 2018; 37:e72-e78. doi: 10.1097/INF.0000000000001862.

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