Où la prématurité est un facteur de risque…de prématurité

Après un premier accouchement prématuré, quel est le risque de récidive lors d'une deuxième grossesse et quelle est la relation avec une pathologie placentaire ? Voilà la question à laquelle les auteurs de ce travail ont tenté de répondre en se basant sur le registre national des naissances de Norvège. Cette base de données recense la totalité des naissances à partir de 22 semaines d'aménorrhée (SA).

Il s'agit donc d'une étude en population concernant toutes les naissances entre 1999 et 2014. N'ont été incluses que les femmes ayant donné naissance à leurs deux premiers enfants au cours de la période, avec exclusion des grossesses multiples et des nouveau-nés porteurs de malformation congénitale.

L'étude a recensé 213 335 femmes répondant aux critères, ce qui correspond à 426 670 naissances. L'âge gestationnel était précisé par l'échographie entre 17 et 20 SA.

Trois catégories de prématurité ont été définies : prématurité extrême à moins de 28+0 SA, grande prématurité (ou prématurité précoce) de 28+0 à 33+6 SA, et prématurité moyenne (ou tardive) de 34+0 à 36+6 SA. Le choix d'un niveau à 34 SA était dicté par les critères pronostiques et les recommandations thérapeutiques, une tocolyse étant indiquée jusqu'à 34 SA.

Les auteurs ont considéré qu'il existait une pathologie placentaire dans les cas suivants : prééclampsie, HELLP syndrome, éclampsie, ou retard de croissance intra-utérin.

Une analyse multivariée avec régression logistique a été conduite avec ajustement sur les pathologies placentaires ainsi que les facteurs maternels, obstétricaux et socio-économiques.

17 % de récidive

Pour l'ensemble de la population, le taux de prématurité était de 5,6 % pour une première naissance et de 3,7 % pour une seconde.

Une prématurité extrême lors d'un deuxième accouchement (0,2 %) était plus fréquemment constatée chez les femmes ayant eu un premier accouchement à moins de 28 semaines (Odds Ratio ajusté aOR = 12,90 ; intervalle de confiance à 95 % IC95 : 7,47 - 22,29).

Une seconde naissance entre 28 et 34 SA (0,7 %) était observée plus souvent après un premier accouchement très prématuré (aOR = 12,98 ; IC95 : 9,59 – 17,58).

Enfin, une prématurité entre 34 et 37 SA était notée pour 2,8 % des naissances et survenait plus fréquemment après un antécédent du même type (aOR = 6,86 ; IC95 : 6,11 – 7,70).

Une anomalie placentaire a été retrouvée dans 30 à 40 % des récidives de prématurité extrême et de grandes prématurités, et dans 10 à 20 % lors d'une récidive de prématurité à partir de 34 SA.

Les auteurs confirment donc qu'une première naissance prématurée constitue un facteur de risque majeur pour la deuxième grossesse. Parmi l'ensemble des femmes ayant présenté un premier accouchement prématuré, plus d'une sur six (17,4 %) ont eu un deuxième accouchement prématuré. Le risque de récidive est surtout important pour les femmes ayant accouché une première fois avant 34 SA.

On peut noter les chiffres particulièrement bas cités dans cette étude, en particulier le taux de 3,7 % de prématurité pour la seconde naissance. D'autres éléments auraient pu faire l'objet d'une analyse spécifique comme la part de prématurité iatrogène par exemple.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Tingleff T et coll. : Risk of preterm birth in relation to history of preterm birth: a population-based registry study of 213 335 women in Norway. BJOG, 2021 ; publication avancée en ligne le 14 novembre. DOI : 10.1111/1471-0528.17013

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