Où l’observance rime avec intelligence… artificielle

L’intelligence artificielle (IA) progresse dans tous les domaines de la connaissance et de la vie quotidienne avec des effets plus ou moins heureux sur lesquels il y aurait tout lieu de disserter. La pratique médicale n’échappe pas à son développement et elle y échappera de moins en moins, car il y a de la fonction exponentielle dans l’air. Les plates-formes d’IA connectées aux smartphones des uns et des autres constituent à l’évidence le support logistique décisif qui va infléchir les pratiques, il faut s’en accommoder et en tirer le meilleur parti qui soit.

Une étude randomisée suggère que ces méthodes nouvelles offrent le moyen d’améliorer l’observance thérapeutique. Dans le cas présent, l’objectif était d’évaluer le bénéfice éventuel de l’IA chez des patients victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique justifiant un traitement anticoagulant au long cours. En l’occurrence, les médicaments prescrits dans cet essai quelque peu pilote font partie de la classe des NACO (nouveaux anticoagulants oraux d’action directe). Parmi leurs avantages, figure en bonne place la dispense de surveillance biologique régulière, à la différence des antivitamines K qui nécessitent des tests de coagulation itératifs, ces derniers permettant au passage de s’assurer de l’observance thérapeutique. Avec les NACO, les tests de coagulation globale restent, bien sûr, recommandés et utiles, mais ils n’offrent plus la possibilité de juger de l’observance aussi bien qu’avec les AVK et les indicateurs biologiques en rapport. De fait, le patient est un peu livré à lui-même et c’est à lui d’autogérer son traitement.

Une observance de 100 % pour des patients traités par NACO

L’étude randomisée en question, d’une durée de 12 semaines, a inclus 28 patients adultes (âge moyen, 57 ± 13,2 ans ; 53,6 % de femmes), victimes d’un AVC ischémique récent, traités par un NACO, répartis en 2 groupes parallèles : (1) intervention : surveillance quotidienne par une plate-forme d’IA ; (2) témoins.

L’application  permettait d’identifier visuellement le patient au moyen de son smartphone, tout autant que le médicament et de confirmer la prise de ce dernier. L’observance a été évaluée à partir du décompte des comprimés et des dosages plasmatiques dans les 2 groupes.

Le taux d’observance moyen cumulé a été de 90,5 ± 7,5 % dans le groupe qui a bénéficié de la plate-forme. Les dosages plasmatiques des médicaments ont révélé que l’observance était de 100 % (15/15) dans ce groupe, versus 50 % (6/12) dans celui des témoins.

Cette étude randomisée qui porte sur un faible effectif démontre que l’IA peut améliorer considérablement l’observance thérapeutique surveillée en temps réel. Même chez les patients les moins adeptes du smartphone, la barrière technologique ne semble pas constituer un gros problème, puisqu’en valeur absolue, le gain d’observance avoisine 67 %. Ces résultats doivent être confirmés sur une plus grande échelle. Ils ne concernent en outre que la prise en charge de l’AVC ischémique récent au moyen des nouveaux anticoagulants oraux d’action directe, mais il est probable que d’autres essais suivront et que d’autres classes thérapeutiques seront concernées dans d’autres indications. L’IA n’a pas fini de faire parler d’elle dans la pratique médicale courante.

Dr Giovanni Alzato

Références
Labovitz DL et coll. Using Artificial Intelligence to Reduce the Risk of Nonadherence in Patients on Anticoagulation Therapy. Stroke 2017; 48 : 1416-1419.

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