Où l’on suggère de mettre les patients avec PR au régime méditerranéen

L'inflammation chronique à bas bruit semble jouer un rôle important dans le développement et la progression de la maladie cardiovasculaire (MCV). A cet égard, la polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie inflammatoire auto-immune chronique qui expose à une augmentation significative du risque cardiovasculaire, par le biais de l’inflammation chronique ou de facteurs de risque qui viennent aggraver la situation : le tabagisme, le manque d’activité physique, la sédentarité et des désordres métaboliques parfois induits par les traitements de fond.

Les vertus thérapeutiques potentielles du régime méditerranéen dans la PR ont été récemment évoquées à la lueur de quelques études non contrôlées : un tel régime, peut-être par le biais de son activité anti-oxydante, serait à même d’améliorer la douleur et les performances de certains patients, une hypothèse qui reste au demeurant à confirmer. Le régime méditerranéen qui accorde une large place au poisson, aux fruits et légumes, noix, céréales etc. est largement préconisé dans la prévention primaire ou secondaire de la MCV, au même titre que des régimes privilégiant les aliments « bons pour la santé cardiovasculaire ».

La base de données de NHANES au menu

Qu’en est-il au cours de la PR ? Une étude transversale d’envergure apporte des éléments de réponse à cette question. Les informations nécessaires ont été extraites d’une vaste base de données, en l’occurrence la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) database. La PR et la MCV ont été identifiées sur la foi des déclarations des participants, tout comme l’adhésion sur le long terme à un régime méditerranéen soigneusement défini selon les critères nutritionnels en vigueur. Un index a permis de chiffrer la plus ou moins grande adhésion à ce régime en se basant sur des questionnaires alimentaires.

Les données ont été traitées à l’aide d’une analyse multivariée par régression logistique (selon deux modèles) dans le but de préciser les interactions potentielles entre PR et régime méditerranéen quant au risque de MCV en se référant à divers critères : (1) interaction additive traduite par l’excès de risque relatif (ERRI) ; (2) proportion attribuable et index de synergie ; (3) interaction multiplicative sous la forme d’odds ratios (ORs).

Au total, 3 352 participants (âge moyen 54 ans ; femmes : 52 %) atteints ou non d’une PR ont été répartis en deux groupes, selon l’existence (n = 385) ou non (n = 2 967) d’une MCV (n = 385). La prévalence de la PR au sein de cette cohorte a été estimée à 7 % mais elle était beaucoup plus élevée dans le groupe MCV (24 %) versus 4,5 % dans l’autre groupe.

PR : la faible adhésion au régime méditerranéen amplifie le risque de MCV

La comparaison intergroupe a de fait confirmé que la PR était associée à un risque accru de MCV (modèle 1 : Odds Ratio OR = 3,98, intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 2,76-5,73 ; modèle 2 : OR = 2,65, IC 95% : 1,69-4,16). Une faible adhésion au régime méditerranéen a eu un effet similaire, les valeurs correspondantes des ORs étant respectivement, selon le modèle de 1,82 (IC 95% : 1,13-2,93 et de 1,67 (IC 95%: 1,01-2,77).

La combinaison d’une PR et d’une faible adhésion au régime méditerranéen s’est traduite par une interaction additive hautement significative, l’ERRI étant de fait estimé à 4,76 (IC 95 % : 0,52-9,00) avec une proportion attribuable de 0,74 (IC 95% : 0,54-0,95) et un index de synergie de = 8,21 (IC 95% : 1,48-45,51). Cette interaction s’est également avérée multlplicative, l’OR correspondant étant estimé à 3,63 (IC 95 % : 1,44-9,15).

Cette étude transversale basée sur les données de la NHANES confirme le rôle délétère de la PR quant au risque cardiovasculaire qu’elle majore notablement. Elle suggère également que les écarts diététiques illustrés par la faible adhésion aux piliers nutritionnels du régime méditerranéen potentialisent les effets de la PR sur la santé cardiovasculaire sur un mode d’interaction à la fois additif et multiplicatif. Au menu de la prévention primaire de la MCV, on retrouve toujours les choix diététiques et la PR est un excellent exemple dans ce domaine.

Dr Philippe Tellier

Référence
Yuwei Y et coll. Interaction between rheumatoid arthritis and mediterranean diet on the risk of cardiovascular disease for the middle aged and elderly from National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES). BMC Public Health. 2023 ; publication avancée en ligne 31 mars. doi: 10.1186/s12889-023-15478-1.

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Vos réactions (1)

  • PR et régime méditerranéen

    Le 06 juin 2023

    Cette étude démontre ce que l'on savait déjà: le régime méditerranéen prévient les MCV, encore plus chez les patients qui ont une PR, mais j'attendais plutôt la réponse à la question : "le régime méditerranéen améliore-t-il les symptômes de la PR?".
    Cette étude ne s'est-elle intéressée qu'aux MCV, Dr Tellier ?

    Dr Jean-Jacques Perret

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