Pas d’augmentation du risque de cancer du pancréas avec les incrétines, c’est confirmé !

Le groupe des incrétines comprend les agonistes du récepteur du GLP1 et les inhibiteurs de DPP4 . Ces antidiabétiques prennent une place prépondérante pour la prise en charge du diabète de type 2 notamment les analogues du GLP1. Dès les premières études sur cette classe, on a soupçonné un risque de prolifération cellulaire pancréatique notamment des cellules neuroendocrines (théorie de Butler) mais aussi le risque de cancer du pancréas sur des arguments indirects et sur la base d’un rapport de la FDA contredit plus tard par quelques méta-analyses. De très nombreux patients sont dorénavant traités dans le monde avec ses médicaments. Au fil des années, cette suspicion d’augmentation du risque de développer un cancer du pancréas directement en relation avec la prise de médicaments a semblé s’estomper. La tendance était plutôt d’accuser le diabète comme révélateur du cancer du pancréas ce que les vieux diabétologues savent depuis toujours. Toutefois, il fallait une étude d’ampleur pour réduire encore plus une marge d’incertitude.

500 000 patients diabétiques traités pour la première fois en Belgique et en Lombardie

Cela semble chose faite avec l’étude parue au mois de novembre dans Diabetes Care qui s’est attachée à apporter une réponse à ce problème sur la base d’une grosse étude recrutant plus de 500 000 patients diabétiques en utilisant le registre de l’assurance-maladie de la Belgique et de la région de Lombardie. Il s’agit d’une étude rétrospective incluant tous les patients recevant une première prescription d’un médicament du groupe des incrétines en comparaison d’une première prescription d’un autre médicament antidiabétique autre que l’insuline. L’étude a été menée sur la période allant du 1er juillet 2008 au 31 décembre 2013 en Belgique et du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2012 en Lombardie.

Le risque de cancer du pancréas est évalué par analyse multivariée.
Les cohortes se sont réparties de la manière suivante : 525 733 patients diabétiques traités par antidiabétiques oraux et 33 292 patients traités par médicaments du groupe des incrétines.
Les résultats sont identiques dans les 2 groupes : 85 patients du groupe incrétine ont développé un cancer du pancréas et 1 589 patients pour l’autre groupe. Ceci nous donne un risque ajusté (adjusted hazard ratio) pour les 2 groupes de 2,14 aHR.
Il apparaît donc en première lecture un risque, dans cette situation (la situation étant : première prescription d’un antidiabétique quel qu’il soit) de développer ou plus précisément révéler un cancer du pancréas. C’est une notion bien connue en diabétologie. Le cancer du pancréas peut révéler ou aggraver un diabète quelle que soit la taille de la tumeur, souvent occulte, et ceci pour des raisons qui nous échappent en très grande partie.

Un risque en decrescendo dans l’ étude de l’ANSM

En 2016, nous disposions d’une étude française produite par l’ANSM qui aboutissait aux mêmes conclusions.

En effet, dans cette nouvelle étude, le risque pour les 3 premiers mois pour le groupe incrétine est à 3,35 puis 2,12 entre le 3e et 6e mois puis 1,95 entre le 6e et le 12e mois puis 1,69 après 12 mois. Pour les autres antidiabétiques la plupart des cancers du pancréas surviennent dans l’année de la première prescription. À titre d’information complémentaire, le risque de développer un cancer du pancréas pour les patients diabétiques de type 2 pour lesquels on est amené à démarrer un traitement par insuline était de 6,89...

Une lecture un peu trop rapide de ces résultats pourrait faire croire que tous les médicaments antidiabétiques suscitent l’émergence d’un cancer du pancréas. En fait il s’agit d’une relation inversée. Il est hautement plus vraisemblable qu’il s’agisse de l’émergence ou de l’aggravation d’un diabète de type 2 en relation avec l’existence d’un cancer le plus souvent occulte du pancréas. Ce phénomène est et reste la crainte des diabétologues (crainte raisonnée sans quoi tous les néo- diabétiques auraient tous un scanner pancréatique qui aurait d’ailleurs beaucoup de chances de ne pas repérer le cancer du pancréas occulte).

Les auteurs concluent ainsi à l’absence de relations de causalité directe entre l’utilisation des médicaments du groupe des incrétines et la survenue d’un cancer du pancréas. Cette conclusion semble cohérente avec la diminution du risque au fil des mois dans le cadre de cette étude. Bien évidemment, les études doivent être poursuivies afin de voir si ce decrescendo du risque perdure ou même s’amplifie sur le long terme.

Dr Edgar Kaloustian

Références
Bonjiol M et coll. : Incretin-Based Therapies and the Short-Term Risk of Pancreatic Cancer: Results From Two Retrospective Cohort Studies.
Diabetes Care 2017, publication avancée en ligne le 16 novembre. doi: 10.2337/dc17-0280.

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