Pour un dépistage des infections à Chlamydiae plus systématique chez les jeunes hommes

Chlamydia trachomatis (CT) et Neisseria gonorrhea (GC) sont les bactéries les plus souvent impliquées dans les infections sexuellement transmissibles (IST) chez les adolescents. Non traitées, ces infections peuvent avoir de graves conséquences à long terme, comme les grossesses ectopiques ou les infections pelviennes. Le dépistage est la clé de voûte de la prise en charge. Toutefois, s’il est assez répandu pour les jeunes filles, force est de constater que les garçons font l’objet d’une moindre vigilance. Pourtant, de nombreux experts soulignent le fait que le dépistage chez les jeunes hommes réduirait le risque infectieux des jeunes filles et ses conséquences en termes de pathologies de la reproduction et d’infections.

Des enquêtes réalisées dans les services d’urgence montrent un taux d’infection par CT et GC allant de 4 à 14 %, plus élevé chez les filles que chez les garçons. Cette différence tient probablement au fait que les garçons font moins l’objet d’un prélèvement. Il est vrai que chez eux les symptômes sont souvent absents et que, jusqu’il y a peu, la seule méthode de diagnostic était le prélèvement urétral, douloureux et invasif. Désormais, les tests par amplification génique, réalisés sur les urines, ont simplifié le dépistage et permettent de les proposer plus largement. La question demeure posée toutefois de l’intérêt d’un dépistage systématique de l’adolescent.

Un taux d’infection de 6,3 %

Pour répondre à cette interrogation, une équipe états-unienne a réalisé une étude prospective. Tous les jeunes hommes de 16 à 21 ans, consultant dans un service d’urgence, se voyaient proposer une recherche de CT et de GC par amplification génique dans les urines. Au total 271 d’entre eux ont été inclus.

Le résultat ne manque pas d’intérêt, puisqu’il apparaît que, si aucun jeune homme n’est testé positif au GC, 6,3 % sont positif au CT. Au total 71 % de ces garçons étaient sexuellement actifs, et 2 % rapportaient avoir des relations avec des hommes. Près de la moitié des patients inclus avaient déjà été testés pour les IST, et 13 % d’entre eux étaient testés positif, la grande majorité de ces derniers ayant été traités.

Les auteurs considèrent que ces résultats justifient une intensification du dépistage des IST chez les jeunes hommes, mêmes s’ils sont asymptomatiques. De précédents travaux ont montré que l’amélioration du dépistage et un traitement efficace réduisent à la fois les comportements à risque et les séquelles. Les auteurs plaident pour la mise en place d’études qui attesteraient de l’efficacité d’un dépistage plus systématique, mais aussi de travaux qui apporteraient des renseignements complémentaires et notamment démographiques sur les taux d’infection.

Dr Roseline Péluchon

Références
Maraynes M.E. et coll. : Screening for asymptomatic chlamydia and gonorrhea in adolescent males in an urbanpediatric emergency department.
World J Clin Pediatr., 2017; 6: 154–160.

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Vos réactions (1)

  • Symptômes absents dans l'urétrite masculine ?

    Le 15 septembre 2017

    Je lis : "Il est vrai que chez eux [les garçons] les symptômes sont souvent absents et que, jusqu’il y a peu, la seule méthode de diagnostic était le prélèvement urétral...".

    Cela me semble deux contre-vérités :
    - les symptômes sont bien plus intense chez l'homme que chez la femme (sauf urétrite, bien plus rare que chez l'homme chez la femme. Là c'est apparemment, pour le gonocoque, une cystite aigue... à urines claires !), surtout dans la gonococcie. Le terme "pisser des lames de rasoir" n'est pas surfait si j'en crois la majorité des cas que je vis (à l'exception de quelques très rares formes chroniques à force de récidives, assez bien tolérées). Si les symptômes sont moins importants dans celle à chlamydia ils sont suffisants pour généralement amener à consulter (d'autant que l'homme est très soucieux de ce qu'il ressent à cet endroit !).

    Il me semble que c'est, justement, parce que les signes amènent à une consultation donc à un traitement efficace que le portage est moins fréquent chez l'homme que la femme.
    Le drame est l'ignorance par les femmes, faute de signes d'appel, débouchant sur stérilités et grossesses ectopiques potentiellement mortelle.

    J'avais pour "slogan" d'enseignement que "le signe de gonococcie ou de chlamydiose de la femme est l'urétrite du partenaire !"
    - plus mineur : le "raclage" de l'urètre chez l'homme est largement supplanté depuis une bonne trentaine d'année par le prélèvement des 10 premiers centilitres d'urine, ceci avec des résultats positifs très superposables. Et nous pratiquions depuis quelques années l'amplification génétique pour ces deux agents lorsque je pris ma retraite, il y a 9 ans. Le terme "depuis peu" me semble donc peu approprié, même si tout est relatif.

    Dr. Y. Gille MCU-PH, en microbiologie.

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