Prenez donc la pression artérielle aux deux bras !

La mesure de la pression artérielle systolique (PAS) aux deux bras est préconisée de longue date. L’existence d’une asymétrie tensionnelle entre les bras (ATB) est en effet loin d’être exceptionnelle, puisque sa prévalence atteindrait 10 % chez les diabétiques et 10 % chez les hypertendus. Encore faut-il que son amplitude soit > 15 mm Hg pour avoir une signification clinique et pronostique, si l’on en croit les résultats d’une méta-analyse publiée dans le Lancet en 2012, laquelle portait sur 20 études de cohorte. Une ATB > 15 mm Hg avait été ainsi associée à un risque accru d’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) et d’atteinte cérébrovasculaire débutante, mais aussi à une surmortalité cardiovasculaire et globale. Ce signe se caractérisait par une haute spécificité et une faible sensibilité au sein de cohortes composées de patients à haut risque cardiovasculaire, ce qui rendait hasardeuse toute extrapolation à la population générale.

Une nouvelle méta-analyse menée par une équipe japonaise vient rappeler l’histoire précédente, mais le recrutement est différent car les 13 317 sujets inclus dans les dix cohortes analysées sont japonais et diversifiée par leur origine ou le profil des participants : (1) population générale ; (2) antécédents d’évènements cardiovasculaires (ECV); (3) existence de facteurs de risque cardiovasculaire. Deux objectifs ont été fixés à cette méta-analyse : (1) établir une corrélation de l’ATB avec l’AOMI caractérisée ici par un index de pression systolique (bras/cheville) < 0,90 ; (2) préciser sa valeur pronostique au travers de la prédiction du risque d’ECV futurs.

La différence de PA entre les deux bras est significative d’un risque accru d’AOMI, voire d’AVC

Une analyse par régression logistique binaire avec ajustements a révélé qu’une ATB > 5 mm Hg était associée  à une probabilité élevée d’un index bras/cheville < 0,90 (odds ratio, OR, 2,19; intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,60-3,03; p<0,01). Chez les 11 726 participants sans le moindre antécédent cardiovasculaire, 249 ont été victimes d’un AVC au cours d’un suivi de 7,4 années. Une ATB > 15 mm Hg a été associée à un risque élevé d’AVC, le hazard ratio ajusté, calculé selon le modèle de Cox,  étant en effet estimé à 2,42 (IC, 1,27-4,60; p<0,01).

Ces résultats ne sont pas sans rappeler ceux de la méta-analyse précédente qui datait de 2012. Ainsi, la différence de PAS entre les deux bras, dès lors qu’elle atteint un certain seuil, témoigne de lésions vasculaires multiples au sein de la circulation systémique dans son ensemble. Au seuil de 5 mm Hg, elle permettrait d’identifier les patients atteints d’une AOMI caractérisée par un index bras/cheville <0,90. Au seuil de 15 mm Hg, elle permettrait de prédire le risque d’AVC chez des sujets sans le moindre passé cardiovasculaire. Pour ces raisons, la mesure simultanée de la PAS aux deux bras mérite d’être encouragée lors d’une première consultation, une recommandation qui ne date pas d’hier mais qui est périodiquement réactualisée dans la littérature internationale.

Dr Catherine Watkins

Référence
Tomiyama H et coll. Simultaneously Measured Interarm Blood Pressure Difference and Stroke: An Individual Participants Data Meta-Analysis. Hypertension. 2018; 71 : 1030-1038.

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Vos réactions (1)

  • Et après on fait quoi ?

    Le 15 juillet 2018

    Et après ..... on fait quoi ? Surveillance accrue ? Prescription de statine, d'aspirine, et puis ....?
    Dites moi comment être raisonnable et vigilant. Merci.

    Dr P. Erbibou

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