Prévalence, contrôle et traitement de l’HTA : dix populations, trois continents

L’hypertension artérielle (HTA) constitue un problème majeur en santé publique à un échelon mondial. Cependant, sa prévalence varie considérablement d’une région du globe à l’autre et il existe par ailleurs des fluctuations voisines dans sa prise en charge et l’efficacité des stratégies thérapeutiques. Les facteurs qui peuvent expliquer ces disparités sont nombreux et disparates, mais il est clair que la composante socio-économique doit occuper une grande part, en plus du rôle joué par les facteurs de risque cardiovasculaire.

Une étude transversale menée au sein de dix populations réparties sur trois continents (Amérique du Sud, Asie et Europe) en témoigne. Elle a inclus au total 6 546 sujets, âgés de 40 à 79 ans qui vivaient tous au sein de la communauté. La pression artérielle (PA) a été mesurée systématiquement de deux manières : conventionnelle (MPAC) et ambulatoire (MAPA) par enregistrement des chiffres tensionnels pendant 24 heures. Les différences entre les cohortes ainsi constituées ont été évaluées pour ce qui est la prévalence, du traitement et du contrôle de l’HTA. Le rôle joué par les facteurs de risque et le contexte socio-économique a fait l’objet d’une analyse approfondie.

Globalement, au sein de l’effectif entier, la prévalence de l’HTA, définie selon les critères en vigueur pour la MPAC (PA≥140/90 mm Hg), a été estimée à 49,3 %, avec des variations importantes, les extrêmes étant en effet de 40,0 % et 86,6 %. Pour la MAPA, avec ses critères propres (PA≥130/80 mm Hg), les chiffres correspondant ont été respectivement de 48,7 % en valeur globale et de 35,2 %-66,5 % pour l’intervalle de variation. Pour la MPAC, les taux de traitement et de contrôle de l’HTA ont été respectivement de 48,0 % (33,5 %-74,1 %) et 38,6 % (10,1 %-55,3 %). Les valeurs correspondantes pour la MAPA ont été respectivement de 48,6 % (30,5 %-71,9 %) et 45,6 % (18,6 %-64,2 %).

Importance des facteurs socio-économiques

Dans un sous-groupe de 1 677 sujets non traités, la prévalence de l’HTA par effet blouse blanche a été estimée à 35,7 % (23,5 %-56,2 %). Celle de l’HTA masquée (PA conventionnelle <140/90 mm Hg et PA ambulatoire ≥130/80 mm Hg), pour sa part, a été de 16,9 % (8,8 %-30,5 %) au sein d’un échantillon de 3 320 sujets non traités dont la PA était considérée comme normale avec la MPAC.

Pour faire la part des facteurs de risque cardiovasculaire dans la genèse des disparités entre cohortes et continents, un sous-groupe a été constitué par exclusion de tous les participants présentant au moins l’une des affections suivantes : diabète, obésité, hypercholestérolémie ou antécédent de complications cardiovasculaires. La prévalence de l’HTA a diminué de moins de 9 % sous l’effet de cette manipulation, quelle que soit la méthode de mesure de la PA. En revanche, la prise en compte du développement socio-économique au moyen du HDI (Human Development Index) a révélé une association inverse négative entre sa valeur et la prévalence de l’HTA définie par la MPAC ou la MAPA.

En bref, cette étude transversale démontre que la prévalence de l’HTA reste franchement élevée au sein de dix cohortes réparties sur trois continents. Elle illustre les insuffisances de sa prise en charge thérapeutique, comme en témoignent des taux de traitement et de contrôle plus que moyens. Les disparités entre les régions et les continents soulignent l’importance des facteurs socio-économiques, tout en mettant en exergue la nécessité de contrôler les facteurs de risque modifiables, tout au moins ceux qui sont accessibles à une prévention efficace.

Dr Philippe Tellier

Référence
Melgarejo JD et coll. Prevalence, Treatment, and Control Rates of Conventional and Ambulatory Hypertension Across 10 Populations in 3 Continents. Hypertension 2017 ;70 :50-58.

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