Produits laitiers et dépression, tout un fromage !

Les produits laitiers sont riches en calcium, acides aminés, vitamines liposolubles (A, D) et corps gras essentiels. Le lait lui-même aurait des propriétés antihypertensives, antioxydantes et anti-inflammatoires : des études évoquent ses effets protecteurs contre les AVC, l’ostéoporose, l’hypertension, le diabète ou certains cancers (côlon, vessie). Il interviendrait dans la qualité du sommeil, et une étude de cohorte suggère une relation positive entre apports laitiers durant l’enfance et performances physiques à un âge avancé. Mais si des recherches ont aussi établi une association entre consommation de produits laitiers et symptômes dépressifs, ces liens sibyllins restent à éclaircir.

Une étude réalisée au Japon écrème donc le sujet en distinguant la teneur en matière grasse des produits laitiers. Hypothèse initiale : selon leur composition (riche ou pauvre en matières grasses), les produits laitiers auraient des effets différents sur les symptômes dépressifs, ce qui expliquerait la confusion des études préalables, faussées par la non discrimination entre produits laitiers riches en matière grasse (lait entier, yaourts au lait entier...) et d’autres à plus faible teneur (lait écrémé).

Dans cette étude transversale sur 1 159 adultes âgés de 19 à 83 ans (897 hommes et 262 femmes), les auteurs testent leur hypothèse avec un protocole rigoureux : les apports diététiques sont quantifiés et standardisés au moyen d’un questionnaire alimentaire recensant 75 produits courants, et la consommation de produits laitiers (laits et yaourts) est précisée selon leur teneur (riche ou pauvre) en matières grasses. La sévérité des symptômes dépressifs est appréciée par l’échelle d’auto-évaluation SDS (self-rating depression scale)[1]. Examens biologiques, tests fonctionnels (performances physiques globales, degré d’activité physique quotidienne) et questionnaires (consommation d’alcool, tabac, degré d’éducation, situation maritale et professionnelle) éliminent d’éventuels facteurs confondants : âge, sexe, état de santé, hygiène de vie...

L’effet du tryptophane contré par celui des acides gras trans

On constate que seule la consommation de produits laitiers pauvres en matière grasse est associée (p < 0,05) à une moindre prévalence des symptômes dépressifs. On pourrait attribuer ce possible effet antidépresseur des produits laitiers à leur teneur en tryptophane (précurseur de la sérotonine), mais ceci n’expliquerait pas pourquoi seuls les produits laitiers pauvres en matière grasse seraient actifs sur les symptômes dépressifs. Mais on sait que le lait riche en matière grasse est une source principale d’acides gras trans[2], et que ces derniers sont associés à une plus forte prévalence de symptômes dépressifs. Or les acides gras trans sont 3 à 6 fois plus présents dans les produits laitiers riches en matière grasse que dans leurs homologues allégés, ce qui annulerait leur effet antidépresseur intrinsèque, dû au tryptophane.

Mais dans cette étude nippone, la consommation de beurre et de fromage est méconnue. Quid donc de la France, premier pays consommateur de beurre, de fromages... et d’antidépresseurs ? Comme les fromages au lait cru possèdent une plus grande flore bactérienne que les fromages pasteurisés, prisés par la grande distribution, ce facteur serait à rapprocher des découvertes récentes sur le rôle des probiotiques dans la dépression. Quoi qu’il en soit, cette étude pourrait relancer le marché du light (qui tend à s’essouffler), en plaidant pour des produits laitiers allégés en matière grasse (mais non à “ 0% ”). Elle illustre aussi une approche de l’anamnèse psychiatrique ne se résumant plus à des confessions intimes (diary), mais tenant compte aussi du profil alimentaire, en particulier pour les produits laitiers (dairy)...

[1] http://healthnet.umassmed.edu/mhealth/ZungSelfRatedDepressionScale.pdf
[2] https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT-QR-Agtrans.pdf

Dr Alain Cohen

Référence
Yufei Cui & coll.: Consumption of low-fat dairy, but not whole-fat dairy, is inversely associated with depressive symptoms in Japanese adults. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol, 2017; publication avancée en ligne DOI 10.1007/s00127-016-1333-1

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Vos réactions (1)

  • AG trans

    Le 05 février 2017

    Si les Ag trans sont générateurs de dépression, les produits transformés riches en AG hydrogénés doivent avoir le même effet, ces produits étant généralement présents plutôt dans les produits "premier prix" cela expliquerait peut être des dépressions liées au niveau économique...
    Le yaourt 0% c'est déprimant rien qu'à l'idée.

    Eve Beratto

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