Quand le QRS fin devient plus large dans l’insuffisance cardiaque

Des complexes QRS larges (> 120 ms) à l’ECG sont présents chez 25 % à 50 % des patients en insuffisance cardiaque ; ils témoignent d’un retard de la conduction intraventriculaire et sont associés : à une plus grande altération de la fonction ventriculaire gauche(VG) systolique, à une dilatation plus marquée du VG, à une insuffisance mitrale fonctionnelle et à un pronostic plus défavorable.

Mais, chez les patients en insuffisance cardiaque, on connaît mal l’impact pronostique de l’augmentation progressive de la durée de complexes QRS qui était initialement normale (à savoir, la signification pronostique de QRS fins devenant larges au cours de l’évolution).

C’est ce qu’Alfraidi et coll. ont tenté de déterminer dans une étude rétrospective menée sur une population de patients adultes hospitalisés dans une unité dédiée au traitement de l’insuffisance cardiaque.

L’étude a inclus tous les patients dont les QRS étaient < 130 ms à l’état basal. Le critère principal était la mortalité totale. Les critères secondaires étaient une hospitalisation pour insuffisance cardiaque et un critère composite associant implantation d’un dispositif de resynchronisation cardiaque, implantation d’un appareillage d’assistance ventriculaire gauche, transplantation cardiaque. Le suivi a été de 1,8 ans (0,6 à 2,8 ans).

L’étude a porté sur 253 patients qui avaient bénéficié d’au moins 2 mesures de la durée des complexes QRS. Il a été dénombré, 41 décès (16 %), et 258hospitalisations chez 116 patients (46 %) ; le critère composite a concerné 127 patients (50 %).

Association à une augmentation de la mortalité et des hospitalisations pour IC

En analyses multivariées, un allongement de la durée des QRS ≥ 1 ms/mois s’est trouvé associé de façon indépendante à une augmentation de : la mortalité (odds ratio [OR] 2,26 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 1,04 à 4,91) ; de la nécessité d’une hospitalisation pour insuffisance cardiaque (risque relatif [RR] 2,01 ; IC 95 % : 1,37 à 2,94) ; et de l’incidence de survenue du critère composite (OR 2,40 ; IC 95 % : 1,44 à 4,02).

L’apparition d’un QRS d’une durée >130 ms s’est également trouvée associée : à la mortalité totale (OR 3,27 ; IC 95 % : 1,29 à 8,32) ; au taux d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque (RR 2,75 ; IC 95 % : 1,72 à 4,4) ; et à la survenue du critère composite décrit ci-dessus (OR 2,52 ; IC 95 % : 1,27 à 4,99).

En conclusion, chez les patients en insuffisance cardiaque qui ont, des complexes QRS fins, à l’état basal, un allongement de la durée des QRS ≥ 1 ms/mois s’est trouvé associé à une augmentation de la mortalité et des hospitalisations pour insuffisance cardiaque. La mesure régulière de la durée des complexes QRS pourrait donc s’avérer bénéfique chez les patients en insuffisance cardiaque.

Dr Robert Haïat

Référence
Alfraidi H et coll. : Relation of Increasing QRS Duration Over Time and Cardiovascular Events in Outpatients With Heart Failure. Am J Cardiol., 2019; 124: 1907−1911.

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