Quand les parents sont déprimés, les enfants sont souvent en échec scolaire !

« Les chiens ne font pas des chats », « les corbeaux ne font point d’agasses », « tel père, tel fils », « la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre » : les dictons ne manquent pas pour suggérer la continuité familiale... Et des problèmes psycho-éducatifs peuvent aussi s’enraciner dans ce déterminisme transgénérationnel, comme le montre une étude réalisée sur une cohorte de plus d’un million d’enfants nés en Suède entre 1984 et 1994 (48,9 % de filles et 51,1 % de garçons).

Complétant des travaux indiquant l’incidence défavorable d’une dépression parentale sur « l’évolution neuro-développementale, comportementale, émotionnelle, psychique et sociale » dès le début de l’enfance (un contexte dépressif chez les parents pouvant ainsi « multiplier d’un facteur 2 à 6 » le risque de troubles anxio-dépressifs chez les enfants), cette recherche évalue l’incidence d’une dépression parentale sur le niveau scolaire atteint à la fin de la scolarité obligatoire, vers l’âge de 16 ans.

Le diagnostic d’une dépression éventuelle chez leur(s) parent(s) biologique(s) a été établi selon les critères d’une des trois éditions successives de la Classification Internationale des Maladies (CIM-8, CIM-9 ou CIM-10) et d’après les informations des registres statistiques, collectées en Suède depuis 1969 pour les hospitalisations et depuis 2001 pour les traitements ambulatoires. Diverses périodes ont été considérées pour repérer une dépression parentale : avant ou après la naissance de l’enfant, entre 1 et 5 ans, entre 6 et 10 ans, ou entre 11 et 16 ans. Des modèles de régression linéaire ont permis d’ajuster des caractéristiques des enfants ou des parents.

Des effets plus durables que prévu

Les auteurs constatent qu’une dépression chez un parent (affectant aussi bien la mère que le père, à l’une quelconque des périodes envisagées, d’avant la naissance jusqu’à l’âge de 16 ans) se trouve « généralement associée à une dégradation des résultats scolaires. » On observe aussi que le sexe de l’enfant influe sur l’association entre une dépression maternelle et cette altération des performances scolaires chez l’enfant : dans les analyses comparatives entre filles et garçons, une dépression chez la mère présente une « incidence négative plus prononcée » sur les résultats scolaires des filles que sur ceux des garçons.

Cette enquête épidémiologique permet donc aux auteurs de conclure qu’une dépression chez les parents est effectivement associée à de plus mauvais résultats scolaires chez leurs enfants, au terme de la scolarité obligatoire. Elle prouve aussi que le développement des enfants peut (au moins en termes d’incidence psycho-éducative, puis ensuite socio-économique, en raison d’une formation initiale plus médiocre) souffrir des effets d’une dépression parentale, vraisemblablement plus durables et prononcés qu’on ne l’estime a priori.

Dr Alain Cohen

Références
Weissman MM : Children of depressed parents– A public health opportunity. JAMA Psychiatry, 2016; 73: 197–198.

Shen H et coll.: Associations of parental depression with child school performance at age16 years in Sweden. JAMA Psychiatry, 2016; 73: 239–246.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article