Quel risque de mourir d’un cancer de la prostate après une biopsie négative ?

Dans les précédentes décennies, la découverte d’un taux de PSA (antigène spécifique de la prostate) > 10 ng/ml conduisait à la réalisation d’une série de biopsies prostatiques (BP). La négativité de celles-ci faisait redouter un manque de sensibilité de la méthode et on proposait alors volontiers une imagerie de résonance magnétique (IRM) de la prostate permettant de nouvelles BP ciblées sur les images suspectes. Le bienfondé de cette politique semblait étayé par certaines études (Ahdoot M, 2020) où le taux de dépistage de cancers de la prostate (KP) méconnus à la 1ère BP était de 21 % (n = 999 patients). De plus, ces BP ciblées aboutissaient à un score de Gleason (SG) moyen plus élevé que les BP systématiques. Des auteurs danois ont cherché à identifier quels étaient les patients qui, après une BP négative, risquaient de développer un KP létal.

A partir d’un registre national danois, ils ont repris les dossiers de tous les malades ayant subi des BP entre 1995 et 2016. Celles-ci comprenaient 6 « carottes » avant 2000 et 12 au-delà de cette date. Ils se sont particulièrement intéressés aux malades dont la 1ère BP était négative et dont la cause de la mort a pourtant été rapportée à un KP. Ils ont également noté les données du toucher rectal (TR) et des dosages de PSA.

Réserver la 2e série de biopsie aux patients avec taux de PSA > 10 ng/ml

Sur 86 989 hommes ayant eu une BP durant la période considérée, 37 214 avaient un résultat initial négatif (47 801 avaient un KP d’emblée, dont 21% sont décédés dans les 15 ans). Parmi les 37 214 « négatifs », le taux de mortalité à 15 ans a été trouvé de 1,9 % (en moyenne à l’âge de 80 ans). Les hommes chez lesquels le TR décelait un nodule ou ceux dont le PSA était élevé avaient un risque plus élevé de décès (par ex. la mortalité spécifique à 15 ans après BP négative passe de 1,3 % si le PSA est < 10, à 2,3 % entre 10 et 20, et 4,6 % s’il dépasse 20 ng/ml.

Sur les 37214 hommes à BP négative, 6389 (17 %) ont, du fait d’anomalies du TR ou/et du PSA, subi une re-BP après IRM. Chez 76 % d’entre eux, la bénignité a été confirmée mais 15 54 avaient un KP, dont 803 (13 %) avec un SG > 7. La 2e BP a été pratiquée en moyenne 13 mois après la 1ère, et plus le délai entre les 2 séries de BP était long, plus le risque d’un SG élevé augmentait. La mortalité après re-BP était voisine de celle après la 1ère BP.

La très faible mortalité spécifique après BP négative et PSA bas milite pour réserver la pratique d’une 2ème série de biopsies après IRM aux sujets dont le PSA dépasse 10 ng/ml.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Kawa SM et coll. : A nationwide analysis of risk of prostate cancer diagnosis and mortality following an initial negative transrectal ultrasound biopsy with long-term followup
J Urol 2022;208:100-106

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