Recommandations diététiques: considérer aussi le coût et le goût

Questions de goût personnel, de coût des aliments, les freins sont nombreux à l’adoption d’un régime alimentaire favorable à la santé. Comment rendre possibles et acceptables les recommandations nutritionnelles par la population ?

Des chercheurs de L’INRA (Recherche Agronomique), et de la Toulouse School of Economics ont étudié à quel coût, au sens large, les recommandations alimentaires nationales (ANSES) pouvaient être suivies d’effets en France.

Se basant sur des enquêtes d’achats et de consommations, ils établissent des indicateurs : élasticité des prix, qui caractérise les préférences alimentaires (prix maximum pour continuer à consommer un aliment) ; prix fictif, qui permettrait l’atteinte des objectifs de santé (par exemple, baisse du prix des fruits et légumes) ; coûts d’adoption, déboursés finalement par les consommateurs pour atteindre les recommandations, incluant les changements alimentaires concomitants. Les bénéfices sont estimés par des études épidémiologiques. Des calculs sont réalisés pour simuler la faisabilité et l’impact de recommandations alimentaires. Les résultats sont rendus en « années de vie corrigées de l'incapacité » (AVCI) gagnées, qui intègrent mortalité et morbidité.

Toujours une augmentation du budget « alimentation »

Ainsi, dans l’objectif d’augmenter de 5 % la prise de fruits et légumes par la population, en tenant compte des goûts et des coûts, les prix des fruits et légumes frais devraient baisser de 20 %, celui des fruits et légumes transformés de 13-14 %, et 9 % pour les jus de fruits. En conséquence, cela engendrerait une augmentation de la prise de fruits frais de 4 % seulement, de légumes frais de 7 %, de légumes transformés de 9 %, et de fruits transformés de 13 %. La consommation de pommes de terre baisserait de 17 %, et les repas préparés, de 6 %. Ce calcul est réalisé ici chez des hommes socioéconomiquement aisés.

Tout ceci représente un surcoût : 0,15 % du budget alimentaire des personnes aisées, mais 1,63 % des plus modestes. Pour la population, le gain d’années de vie en bonne santé serait de 4,8 millions environ à l’échelle de la vie entière.

Les autres objectifs montrent des bénéfices plus modestes : 2,5 millions d’années de vie gagnées pour une baisse de consommation des produits sucrés et salés de 5 %, 2 millions pour une baisse de celle de beurre, œufs fromages de 5 %, 650 000 pour une baisse de viande rouge de 5 %. Leur coût d’adaptation est certes moindre aussi. Les bénéfices portent principalement sur le diabète de type 2.

En pratique, cette approche apporte un autre regard sur la mise en œuvre des recommandations alimentaires qui pourrait être affinée. Elle montre aussi -et quantifie- l’impact du prix des aliments, met l’accent sur les préférences (s’il est plus facile d’augmenter la prise de fruits transformés que frais, les qualités nutritionnelles peuvent être moindres : faut-il s’adapter à chaque personne ?), et rappelle que substituer un aliment par un autre a des conséquences, à prendre en compte également.

Dr Viviane de La Guéronnière

Référence
Cobiac L et coll. : Accounting for consumers' preferences in the analysis of dietary recommendations. Eur J Clin Nutr., 2018 ; publication avancée en ligne le 25 septembre. doi: 10.1038/s41430-018-0317-5

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article