Revoir la position pour la réanimation cardio-pulmonaire ?

Nous ne vous apprenons rien en vous disant que de la qualité des manœuvres de réanimation cardio-pulmonaire (RCP) dépend la survie des victimes. Les recommandations de l’European Resuscitation Council et de l’American Heart Association insistent sur la grande qualité des compressions thoraciques : profondes, fréquentes et ininterrompues.

Alors que plusieurs études ont été consacrées à l’utilisation ou non de dispositifs mécaniques de réanimation, peu se sont penchées sur la qualité des compressions thoraciques selon la position du sauveteur.

Une lacune de dimension kamasoutresque enfin comblée par des paramédics polonais placés de façon aléatoire, soit classiquement sur le côté, soit derrière la tête du mannequin.

A la tête ou sur le côté

Le scénario consistait en un cycle de CPR d’une durée de 2 minutes effectué par un seul sauveteur, à la main pour les compressions thoraciques et à l’aide d’un ballon d’ambu monté sur masque pour la ventilation. Afin de simuler un arrêt cardio-vasculaire sur traumatisme, c’est le mannequin Advanced Skill Trainer (Laerdal, Stavanger, Norvège) qui a été positionné au sol dans une salle très éclairée. Les données portant sur la qualité de la RCP ont été analysées par le logiciel SimPad Plus software du même constructeur.

Vingt-neuf paramédics (âge moyen 33,5 [IQR ; 30-37,5] ans, dont 5 femmes) ayant une expérience professionnelle d’au moins 10 ans en service d’Urgences, ont participé à l’étude. Depuis le côté du thorax du mannequin (membres supérieur du mannequin le long du corps et non placé entre les jambes du sauveteur), la fraction médiane de la compression thoracique a été de 67 % (IQR ; 67-68 %) versus 69 % (IQR ; 68-70) depuis l’arrière de la tête (tête du mannequin placée entre les genoux du sauveteur). Depuis le côté du mannequin, la durée moyenne des compressions thoraciques a été de 8 secondes (IQR ; 7-8), significativement plus longue que celle pratiquées depuis l’arrière de la tête, soit 6 secondes (IQR ; 6-6) (p < 0,001).

La profondeur des compressions thoraciques a été de 57 millimètres (IQR ; 54-60 mm) depuis le côté du mannequin versus 56 (IQR ; 55-61) mm depuis l’arrière de la tête (p = 0,184). Par contre les fréquences de compression ont été comparables dans les deux groupes : 115 / minute depuis le côté du mannequin (IQR ; 114-116), versus 116 (IQR ; 115-117) (p = 0,303).

Moins d’interruption des compressions depuis l’arrière de la tête

Que retenir de cette étude originale de simulation d’une RCP par un seul sauveteur obligé de pratiquer seul le massage cardiaque et la ventilation ?

Qu’il est dommage que la position latérale recommandée pour un sauveteur seul, à savoir genoux à cheval sur le bras dégagé de la victime n’ait pas été testée.

Que la position du sauveteur à l’arrière de la tête du mannequin a entraîné moins d’interruption des compressions thoraciques que la position sur le côté du mannequin, vraisemblablement parce qu’il n’avait pas à se déplacer autour de la victime pour effectuer alternativement les deux manœuvres. Quant aux autres paramètres mesurés (profondeur moyenne de la compression thoracique, fraction de compression, fréquence des compressions), ils s’avèrent sensiblement comparables en terme de qualité des compressions thoraciques. A méditer ! Allons-nous vers de nouvelles recommandations internationales ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Wieczorek W et coll. : Which position for resuscitation should we take? A randomized crossover manikin study. Am J Emergency Med., 2017 ; publication avancée en ligne le 29 septembre. doi:10.1016/j.ajem.2017.09.043

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Vos réactions (1)

  • Une autre référence

    Le 09 octobre 2017

    Juste une autre référence plus ancienne concernant cette étude sur les compressions thoraciques, les infirmiers des urgences avaient déjà commencé à investiguer la question :
    https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2008-4-page-86.htm

    Didier Lecordier

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