ROR et autisme, une nouvelle étude pour en finir avec la controverse

Le lien allégué entre la vaccination contre la rougeole, les oreillons, la rubéole (ROR) et l’autisme continue à faire polémique, plus de 2 décennies après une publication parue dans le Lancet en 1998, dont les résultats avaient fait l’objet d’une récusation ultérieure par la même revue.

En 2014, une méta analyse de 5 études de cohortes et de 5 études cas-contrôle, dont 6 spécifiquement orientées vers une possible association entre vaccination ROR et autisme n’avait retrouvé aucun lien. De même, ont été rapportés les résultats d’une étude nationale, menée auprès de 537 303 enfants danois, dont 738 souffraient de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Dans cette cohorte, la vaccination ROR n’avait pas été associée à un risque d’autisme (risque relatif RR à 0,92 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,68- 1,24) ou à d’autres manifestations du spectre autistique (RR : 0,8 ; IC : 0,65- 1,07).

Dans ce nouveau travail, les mêmes auteurs ont poursuivi leur étude mais sur une cohorte d’enfants danois plus récente, plus vaste et donc avec une puissance statistique accrue et, enfin, avec un suivi plus prolongé. Le risque d’autisme après vaccination ROR était, de plus, évalué dans des sous-groupes d’enfants particuliers, présentant des facteurs de risque environnemental ou familial et lors de périodes post vaccinales données.

650 000 Danois nés entre janvier 1991 et décembre 2010

La cohorte inclut tous les enfants nés au Danemark, de mère danoise, entre le 1er Janvier 1999 et le 31 Décembre 2010. Ils ont été répertoriés grâce au Système danois d’Enregistrement civil qui attribue un numéro unique à chaque individu vivant au Danemark et fournit des informations socio démographiques précises, permettant d’appréhender des liens possibles entre vaccination et autisme. Le programme vaccinal danois, « volontaire » et gratuit, comporte le vaccin ROR, celui contre la diphtérie, le tétanos, le vaccin anti coquelucheux acellulaire, la polio inactivée et l’Haemophilus influenzae de type B. Une première dose de vaccin ROR est proposée à l’âge de 15 mois suivie d’un rappel à l’âge de 2 à 4 ans. Ces vaccinations sont effectuées par les médecins généralistes. Les vaccins ne contiennent pas de thimerosal.

Dans le même temps, des informations sur les TSA ont été recueillis grâce au Registre Danois Central Psychiatrique. Les données sur diverses pathologies pouvant accroitre le risque d’autisme (syndrome de l’X fragile, d’Angelman, de Down…) ont été notées et de possibles facteurs environnementaux ont été pris en compte (âge des parents, tabagisme durant la grossesse, score d’Apgar à la naissance, cosanguinité…). L’analyse statistique par modèle des risques proportionnels Cox a permis de calculer les rapports de risque (HR) en fonction de divers facteurs (âge, sexe, année de naissance, autres vaccinations infantiles, susceptibilité génétique et score de risque autistique). L’étude s’est terminée le 31 Aout 2013.

La cohorte inclut 663 326 enfants nés entre Janvier 1991 et Décembre 2010. Après exclusions diverses, la cohorte définitive est composée de 657 461 petits danois, soit un suivi de 5 025 754 personnes-années. L’âge moyen était de 8,64 (DS : 3,48) ans. Un diagnostic d’autisme a été posé chez 6 517 d’entre eux, soit un taux d’incidence de 129,7 pour 100 000 personnes-années. On dénombre 1 997 TSA, 537 cas d’autisme atypique, 1 098 syndromes d’Asperger, 576 troubles envahissants du développement et 2 309 autres non spécifiques. L’ âge moyen du premier diagnostic posé est de 7,22 (DS : 2,86) en cas d’autisme et de 6,17 (DS : 2,65) en cas de trouble proche. Dans la population ciblée, la couverture vaccinale pour le ROR était de 95,19 % ; l’âge médian de primo vaccination ayant été de 1,34 (IQR : 0,24) an. Il n’apparaît aucune différence dans la couverture vaccinale selon le sexe, l’année de naissance, une histoire familiale d’autisme…

Pas d’augmentation du risque de TSA chez les enfants vaccinés, y compris dans les groupes à risque

Les enfants vaccinés ont été comparés à des enfants non vaccinés, dans différents sous-groupes pré établis. Point fondamental, le rapport de risque ajusté d’autisme en cas de vaccination vs absence de vaccination est non significatif, à 0,93 (intervalle de confiance à 95 % IC : 0,85- 1,02). Bien plus, le fait d’avoir été vacciné réduit le risque chez les filles (HR : 0,79 ; IC : 0,64- 0,91) et pour les enfants dont l’année de naissance se situe entre 1999 et 2001 (HR : 0,84 ; IC : 0,73- 0,96). La vaccination par le ROR n’accroît pas non plus le risque d’autisme chez les enfants qui avaient reçu précocement d’autres vaccinations infantiles, chez ceux dont le score de risque était élevé ou qui avaient un frère ou une sœur autiste. Le risque le plus élevé a été rencontré chez les garçons (HR : 4 ,02 ; IC : 3,78- 4,28), nés dans la dernière période d’étude, 2008- 2010 (HR : 1,34 ; IC : 1,18- 1,52), n’ayant pas reçu d’autres vaccinations précoces (HR : 1,17 ; IC : 0,98- 1,38) et qui avait un frère ou une sœur autiste (HR : 7,32 ; IC : 5,29- 10,12). A contrario, le score calculé de risque autistique a paru avoir un impact moindre. Il n’a été décelé aucune période plus vulnérable après la vaccination. Diverses analyses de sensibilité, requérant 2 diagnostics d’autisme, ont fourni des résultats équivalents aux résultats initiaux (HR : 0,99 ; IC : 0,58- 1,14). La prise en compte d’une seconde vaccination par ROR à un âge plus tardif ne met en évidence aucun effet de type dose-réponse (HR : 0,90 ; IC : 0,85- 0,95).

Ce travail n’apporte donc aucun argument en faveur d’un risque  accru d’autisme après vaccination ROR, dans une population, non sélectionnée, d’enfants danois. Il en est de même au sein de sous-groupes plus particuliers avec facteur de risque comportemental ou familial. Il ne retrouve pas non plus de période post vaccinale particulière où l’incidence d’autisme serait augmentée. Ces résultats recoupent ceux d’une précédente étude et rejoignent ceux de la méta analyse de 2014 dont les études émanaient de plusieurs pays (Danemark, Pologne, Japon, royaume- Uni, USA). Il n’est, par ailleurs, mis en évidence aucun phénotype spécifique d’autisme, dont l’autisme régressif, qui pourrait être déclenché par la vaccination ROR.

Cette étude a de nombreux points forts, dont un vaste échantillonnage des cas d’autisme et donc un haut degré de validité diagnostique. A l’inverse, une des réserves tient au fait que la date retenue a été celle du 1er diagnostic et non celle de survenue des premiers symptômes spécifiques, ce qui a pu constituer une source de biais en cas de symptômes ayant, de fait, précédé la vaccination. Il importe aussi de préciser qu’il a été procédé, en 2008, au Danemark, à un changement de souche vaccinale.

Alors même que des controverses persistent sur la vaccination ROR, conduisant, tant aux USA qu’en Europe, à de nouvelles épidémies, ce travail confirme l’absence d’association entre vaccination ROR et survenue d’un désordre du spectre autistique. Il fournit une base de réflexion sérieuse aux médecins et aux décideurs en matière de santé. Il ne supporte pas l’hypothèse qu’une vaccination ROR augmente le risque d’autisme, ni ne constitue une circonstance déclenchante dans des sous- groupes d’enfants particuliers.

Dr Pierre Margent

Référence
Measles, Mumps, Rubella Vaccination and Autism : a Nationale Cohort Study. A Hviid. Ann Inter Med., 2019 ; publication avancée en ligne le 5 Mars. doi: 10.7326/M18-2101.

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Vos réactions (2)

  • Bravo au Dänemark

    Le 11 avril 2019

    Alors bravo à l'auteur et remercions aussi les danois qui ont depuis 1994 des données médicales nationales complètes. D'où ces études d'énormes cohortes.
    Nous allons peut-être approcher ce système un jour en France avec le DMP.
    Nous aurons deux avantages 1 d'être 10 fois plus nombreux et 2 d'être multi ethniques.
    Juste 25 ans de retard.

    Dr Didier Marc Poisson

  • Etude en France ?

    Le 12 avril 2019

    Bravo, mais en France nous avons également les statistiques qui pourraient être faites à partir des données des examens systématiques du 9° et 24° mois qui colligent les vaccination ainsi que les pathologies survenues depuis la naissance: une mine de données malheureusement inexploitée.

    Dr Jean-Jacques Perret

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