Soixante-six suicides assistés pour maladie mentale aux Pays-Bas

Du fait de législations “libérales” ou “irresponsables” (selon les opinions), on observe dans certaines contrées comme les Pays-Bas, une augmentation du nombre d’euthanasies (légales) et/ou de “suicides médicalement assistés” (SMA) concernant des patients souffrant de troubles psychiatriques.

Plus souvent des femmes avec des antécédents psychosociaux complexes

JAMA Psychiatry publie une étude effectuée par des chercheurs exerçant aux Pays-Bas et aux États-Unis, et recensant un total de 66 cas de tels SMA survenus entre 2011 et 2014 aux Pays-Bas. Quarante-six personnes concernées par ces SMA (environ 70 % des cas) étaient des femmes (et donc 30 %, soit 20 cas, des hommes). À leur décès, 32 % de ces sujets (21 personnes) étaient âgés d’au moins 70 ans, 44 % (29 personnes) avaient entre 50 et 70 ans, et 24 % (16 personnes) de 30 à 50 ans.

La plupart de ces malades souffraient de problématiques “chroniques, graves, avec des antécédents de tentatives de suicide et d’hospitalisation en psychiatrie” et présentaient également “des troubles de la personnalité.” Ils étaient couramment décrits comme “socialement marginalisés ou vivant seuls” (socially isolated or lonely). Le diagnostic le plus souvent retenu était celui de dépression (dans 55 % des cas), les autres pathologies étant représentées par “une psychose, un stress post-traumatique, l’anxiété, des troubles somatoformes, des troubles neurocognitifs, des troubles des conduites alimentaires, une affliction incoercible (prolonged grief) et des troubles autistiques.” Des comorbidités (entraînant diverses atteintes fonctionnelles) étaient “très fréquentes.”

Une décision collective

Les auteurs précisent aussi le profil des médecins fournissant ce “service” (très particulier !) du SMA : 41 % sont des psychiatres. Autre constat (surprenant ?) : 27 % des patients recevant ladite “prestation” de la part d’un médecin (que les adversaires de l’euthanasie assimileront peut-être à un “ange de la mort”) représentaient de nouveaux malades pour ce praticien : était-il alors le mieux placé pour juger du “bien-fondé” de cette issue fatale ? Fait moins étonnant : 14 de ces médecins exerçaient dans une “clinique mobile” pratiquant l’euthanasie (The End-of-Life Clinic)[1].

En résumé, les auteurs observent que ces euthanasies concernent “majoritairement des femmes, d’âge variable, avec des antécédents psychiatriques, médicaux et psychosociaux complexes.” La décision de pratiquer ou non cette euthanasie relève “pour une part considérable” d’un avis médical impliquant “habituellement plusieurs médecins qui ne sont pas toujours d’accord”, mais se prend parfois “sans l’avis d’un psychiatre extérieur” (without independent psychiatric input). Contrôlant cette décision, des comités d’examen (euthanasia review committees) s’en remettent “généralement à l’avis des médecins réalisant ces SMA.”

Concernant les différences d’appréciation sur ce sujet controversé, on peut transposer aux Pays-Bas la célèbre formule que Pascal évoquait pour l’Espagne : “Plaisante justice, qu’une rivière ou qu’une montagne borne ! Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.”

[1] http://euthanasia2016.com/medical/end-of-life-clinic-in-the-hague/

Dr Alain Cohen

Référence
Scott YH Kim et coll.: Euthanasia and assisted suicide of patients with psychiatric disorders in the Netherlands 2011 to 2014. JAMA Psychiatry, 2016; 73: 362–368.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (7)

  • Point Goddwin

    Le 04 mai 2016

    Désolé de dépasser d'emblée le point Goddwin mais j'invite les lecteurs de cet article à aller simplement consulter l'article Aktion 14 dans Wikipedia.

    Dr Jean-Claude Hauller

  • N'attendons plus rien d'une certaine médecine !

    Le 04 mai 2016

    Ne soyez pas désolé de dépasser d'emblée ce point Godwin [https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin]. Je l'ai fait moi-même dans ma tribune "Ultime histoire belge" (JIM, le 19 septembre 2015) sur ce même thème. Et cela m'a valu moult reproches de la part des défenseurs de l'euthanasie.

    Je ne peux que rappeler, comme le dit le proverbe, que "l'enfer est pavé de bonnes intentions." Peu de dictatures (y compris les nazis) ont fait sciemment le mal, chacune était intimement persuadée d'agir pour le bonheur de la société, quitte à trucider au passage quelques indésirables! Ce parallèle avec l'euthanasie chez les nazis souffre toutefois d'une différence de taille : les nazis agissaient (si l'on ose dire) à l'échelle de la mort "industrielle", alors que les défenseurs du SMA se "contentent" de cas individuels. Mais l'esprit est bien sûr identique (comme d'ailleurs pour la peine de mort) : certains (fussent-ils magistrats ou médecins) se sont arrogé le droit exorbitant de décider si leurs semblables humains doivent vivre ou mourir!

    On doit méditer aussi la défense paradoxale des accusés au procès de Nuremberg : certains dirent en substance qu'ils étaient plus à plaindre que leurs victimes, car eux-mêmes avaient mis tous leurs espoirs sur Hitler, et furent donc très déçus de son échec, alors que les victimes qui n'attendaient rien de bon du dictateur avaient fatalement moins de déconvenues... Imitons les sur ce raisonnement spécieux et n'attendons plus rien de bon d'une certaine médecine... "Gare au gorille" chantait Brassens, pour dénoncer la peine de mort : "Le juge, au moment suprême,
    Criait : "Maman !", pleurait beaucoup,
    Comme l'homme auquel, le jour même,
    Il avait fait trancher le cou."

    Dr Alain Cohen

  • Enfer pavé de bonnes intentions?

    Le 05 mai 2016

    Je suis praticien hospitalier spécialisé en échographie et diagnostic prénatal.
    Chaque jour je vois des couples "devenir parents", lors et dès la première échographie de grossesse, avant 14 SA, se congratulant, s'exclamant, s'émouvant, s'inquiétant, se réjouissant devant les gigotements et détails si précis de "petites choses" (?)- exclues du droit de toutes façons- dont certains, s'arrogeant un droit exorbitant de décider qui devait vivre ou mourir, ont autorisé, légalisé et organisé la solution finale à une échelle pour le moins industrielle puisqu'elle en a concerné, depuis 40 ans, 10 millions environ (eh oui! #250.000 x 40).
    Je pense que ceux qui, persuadés d'agir pour le bonheur de la société, soucieux de trucider quelques indésirables, ont autorisé cette hécatombe, après avoir refusé d'en borner le recours -comme au delà des Pyrénées- après avoir ignoré les "laissez les vivre" ou toute autre solution de prise en compte du problème, sont probablement les mêmes qui veulent contester à des individus, citoyens adultes, le droit de mourir à leur gré (et dans la dignité, et pourquoi pas au son de la symphonie pastorale et devant des champs de tulipes multicolores...).

    Je trouve particulièrement dictatorial (et incohérent) d'autoriser de liquider -stricto sensu- en masse et d'interdire de laisser mourir individuellement: "mon corps est à moi"... oui, mais non!

    Dr C.Brottier.

Voir toutes les réactions (7)

Réagir à cet article