Succès de la pseudo médecine en matière de démence et de santé mentale

La population US vieillit, avec en parallèle une hausse de la maladie d’Alzheimer qui reste, à ce jour, sans approches préventives ni thérapeutiques efficaces. De nombreux individus concernés sont à la recherche d’informations, sans toujours bien connaitre la qualité de leurs sources. On remarque, ainsi, une augmentation préoccupante de la « pseudo médecine ». Celle-ci concerne des données médicales complémentaires, souvent énoncées comme « scientifiquement prouvées » mais avec un manque flagrant de preuves de leur crédibilité. Les professionnels de cette « pseudo médecine » s’intéressent à des problèmes de santé réels, parfois graves, mais mettent en avant des témoignages individuels qu’ils présentent comme autant de faits bien établis, font la promotion de traitements non avérés scientifiquement et, in fine, réalisent de substantiels gains financiers.

Dans le cadre des maladies neuro-dégénératives, un des exemples les plus flagrants de « pseudo médecine » est la promotion de suppléments diététiques visant à améliorer la cognition et la santé mentale. Cette industrie, relayée par différents médias (chaines de radio et de télévision, internet…), réalise un chiffre d’affaires annuel de $ 3,2 billions. Or, à ce jour, aucun supplément diététique n’a fait la preuve d’une quelconque action préventive sur le déclin cognitif ou la démence. Les consommateurs de ce type de compléments ignorent qu’ils ne sont pas soumis, non plus, à l’approbation de l’US Food and Drugs Administration quant à leur efficacité et leur tolérance. Or, certains peuvent se révéler dangereux, comme ceux à base de vitamine E qui majorent le risque d’accident cérébral hémorragique et, à fortes doses, la létalité. L’Alzheimer Association soulignent ces pratiques, souvent coûteuses, reposant plus sur des témoignages individuels que sur des faits scientifiquement prouvés. Elles ont aussi pour effet négatif de prendre un temps utile au malade, et à son médecin, avant de se diriger vers d’autres modes de prise en charge. Les malades et leurs aidants doivent faire face à des techniques de promotion et de vente élaborées. A leur propos, R.Feynman a proposé le terme de « cargo cult science », que l’on pourrait traduire par la science du « culte du fret ».

La « cargo cult science »

Il s’agit là de pratiques apparues dans des sociétés tribales à la suite de rencontres avec des cultures technologiquement avancées. Elles s’accompagnent de preuves d’apparence scientifique mais manquent de fondement et de rigueur. Elles sont sans valeur mais peuvent générer des gains financiers considérables pour leurs promoteurs.

Nombre d’entre elles concernent le champ des maladies neuro-dégénératives. Elles peuvent aller jusqu’à proposer une nutrition intra-veineuse particulière, une détoxification personnalisée, une chélation thérapeutique, une antibiothérapie, voire un traitement par cellules souches… Toutes ces interventions n’ont pas de mécanisme physiopathologique bien établi, sont en règle couteuses et parfois potentiellement dangereuses. De la même façon, plusieurs protocoles souvent très détaillés ont été récemment proposés pour combattre le déclin cognitif, aidés de données issues parfois de journaux médicaux mais avec, là encore, une science de type « culte du cargo »,un manque flagrant de participants, de randomisation avec groupe contrôle ou présentant des limites méthodologiques patentes. Or ces études de faible qualité scientifique sont souvent publiées dans des journaux ouverts, non contrôlés. En outre, cette « pseudo médecine » est souvent éthiquement discutable. Elle offre un espoir, souvent transitoire, à des malades parfois en état grave, voire incurables ; elle n’est, tant sur le plan éthique que médical ou financier, pas neutre pour les patients et leurs aidants ; elle n’apporte généralement que des bénéfices illusoires.

Comprendre et établir un dialogue constructif

Les professionnels de santé doivent se tenir informer des prestations de ce type. En cas de demande émanant du patient ou de sa famille, ils doivent procéder par étapes :

   - comprendre les motivations sous-jacentes, se résumant souvent dans l’espoir d’obtenir de meilleurs soins, voire une guérison ;
   - apporter une information scientifique honnête, avec des preuves avérées, en y incluant les risques iatrogènes potentiels et les coûts financiers des interventions de type « pseudo médecine ». Cette approche a le mérite d’établir un dialogue constructif et est préférable au refus systématique d’aborder ce genre de questions ;
   - bien nommer les interventions de « pseudo-médecine » par leur nom ;
   - distinguer les seuls témoignages des faits scientifiquement établis ;
   - informer sur les intérêts financiers en jeu ou la notoriété temporaire liée à de telles pratiques ;
   - rappeler le rôle de la FDA qui est la seule institution à même de tester et de réglementer en matière de santé ;
   - en dernier lieu, faire part de sa volonté, en tant que médecin, de continuer à aider à la prise en charge du malade, même si leurs avis et opinions divergent sur le recours à de la « pseudo-médecine ».

Il est désolant que les patients déments et/ou leur entourage puissent être la cible de telles pratiques. Les médecins ont un devoir éthique de protéger leurs patients les plus vulnérables. Beaucoup doit être fait, au niveau national, pour limiter l’impact des affirmations sur les bénéfices théoriques d’interventions non efficaces. Les cliniciens ont dans l’obligation de différencier témoignages et « cargo cult science » des faits tirés de la recherche médicale. En opposition avec les forces, non éthiques, tendant à promouvoir la « pseudo-médecine », la communauté médicale bien éduquée, mais aussi celle des malades et de leurs proches, doit être le point de départ pour combattre de telles pratiques.

Dr Pierre Margent

Référence
Hellmuth J : The Risk of Pseudomedecine for Dementia and Brain Health. View Point. JAMA 2019. Publication en ligne le 25 janvier 2019.

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Vos réactions (3)

  • "Succès"

    Le 04 mars 2019

    J'ai trouvé cet article intéressant.
    Par contre le titre n'est pas approprié, il peut évoquer au premier abord une efficacité de la pseudo-médecine.

    Dr Bernard Pellerin

  • Pseudo médecines et troubles mentaux

    Le 05 mars 2019

    Quelles sont ces données médicales "scientifiquement prouvées" mais sans preuve de crédibilité ? Faudra-t-il que nous nous habillions de plumes et psalmodions en même temps ?

    Je comprends mal. Merci de m'aider.

    Dr Lucien Duclaud

  • Les prescripteurs de compléments en protéines auraient-ils raison ?

    Le 05 mars 2019

    Nous n'avons plus aucune grande autorité médicale dans notre pays qui ose lancer une proposition de traitement pour la maladie d'ALZHEIMER. Cet auteur a décrit l'affection en 1904. Voilà donc un siècle que nous cherchons en vain.

    Essayons ce qui pourrait être tenté, sans véritable danger, compte tenu de ce que Alois ALZHEIMER avait vu : une perte des traces mnésiques. Elle est très sélective. La perte des souvenirs les plus récents, ceux d'hier, ceux de tout à l'heure, et la perte consécutive de repères dans l'espace et dans le temps pour se conduire au présent me semblent être les symptômes le plus flagrants et les plus constants de la maladie d’Alzheimer. Cette perte du présent contraste, souvent, avec la capacité, peut-être même parfois augmentée de façon étonnante, de réciter des souvenirs anciens oubliés de plus jeunes qui les ont pourtant vécus.

    Les traces mnésiques (les souvenirs) ne peuvent pas être autre chose que de la matière. Les souvenirs anciens sont construits et à peine destructibles. Les souvenirs récents ne le sont plus dans cette affection.

    Henri LABORIT a montré que les inhibiteurs de synthèse des protéines empêchent l'apprentissage (acquisition de souvenirs) chez tous les animaux expérimentés à Boucicaut sans pour autant enlever les apprentissages antérieurs à la prise de ces inhibiteurs.

    Osera-t-on dire que les souvenirs sont des protéines ? Dans ce cas, si l'anabolisme des protéines est devenu insuffisant dans cette affection, serions-nous autorisés à prescrire de la testostérone dont le rôle dans l'anabolisme est essentiel ?

    Le Pr Carl Pintzka, norvégien hospitalier, a émis l'hypothèse selon laquelle la quantité de testostérone jouerait un rôle dans l'apparition de la maladie.

    Il argumente ainsi : les femmes (dont les taux de testostérone (8,2 nanomoles /L) sont bien moindres (27*) que ceux des hommes avec 34,6 nanomoles/L) sont deux fois plus nombreuses et plus atteintes que les hommes à être atteintes par la désorientation temporo-spatiale.

    Et même, bien plus jeunes, elles sont bien plus touchées que les hommes par les mécanismes de mémorisation dans l’espace comme l’apprentissage gauche-droite, nord-sud, on le voit dans la lecture des cartes routières, ou, lorsque passagères, elles ne mémorisent que difficilement les trajets routiers.

    Ce professeur norvégien propose que d'autres chercheurs utilisent ses résultats pour entreprendre des travaux sur les liens réels entre cette hormone sexuelle et le développement de cette pathologie.

    Un apport en protéines et en anabolisants de synthèse pourrait-il jouer un rôle de reconstruction non établi par des publications scientifiques chez l'homme mais cependant prouvées chez l'animal?

    Aux USA on hésite moins. Des chercheurs américains ont montré que les hommes présentant un faible taux de testostérone seraient plus susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer que les autres. Ces derniers publient leurs travaux dans la revue Neurology.

    Scott Moffat et ses collègues du National Institute Aging (NIH), basé à Baltimore dans le Maryland (Etats-Unis), ont compilé et analysé les données issues du programme Baltimore Longitudinal Study Aging qui a débuté en 1958. Plus de 574 hommes âgés de 32 à 87 ans ont été suivis pour cette enquête.

    Ils ont ainsi constaté qu’une augmentation de 50% du taux de testostérone, conduisait à une baisse de 26% des risques de développer la maladie d’Alzheimer. A l’opposé, lorsque le taux de cette hormone diminue, le risque d’être atteint augmente. Scott Moffat a remarqué que sur les 19 personnes dont ce taux a baissé, toutes ont été touchées par la pathologie dans les dix ans qui ont suivi.

    Est-ce une bonne piste ?

    Dr JD

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